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La prochaine fraude alimentaire ? Pire que le « Horsegate » ?

28
avr
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Classé dans Allergène, Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Rappel, Règlementation, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

La prochaine fraude alimentaire ? Pire que le « Horsegate » ? Il s’agit d’un article de Cesare Varallo paru le 28 avril 2015 sur son excellent blog Food Law Latest.

Si l’explosion de l’infâme « scandale de la « viande de cheval » a été accueillie d’abord avec incrédulité puis par des sourires à peine dissimulés de la part du public et des médias, la préoccupation d’un risque de santé publique s’est révélée, après un court laps de temps, totalement infondée. Aucune de ces deux aspects ne peut être présents dans ce qui pourrait être le prochain scandale lié à la fraude alimentaire à l’échelle mondiale.

Les produits visés, dans ce cas, sont des épices (cumin, paprika en particulier et divers mélanges d’épices) qui, à un niveau non encore identifié de la chaîne alimentaire, ont été falsifiés avec des amandes concassées, dans le but évident d’un gain financier. Le vrai risque, et c’est en cela qu’il est différent du cas de l’« Horsegate », est que cela pose un risque grave pour la santé des consommateurs allergiques.

indian_spicesEn effet, les fruits à coque sont une catégorie d’allergènes qui pourrait le plus facilement provoquer un choc anaphylactique violent ; le risque est plus que présent, puisque la détection analytique de traces d’amandes (probablement restées présentes sur les coques) est la cause de dizaines de rappels et de retraits du marché qui a commencé en Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada et de plusieurs autres pays européens (dont la France –aa).

Bien que l’intention de la contamination n’ait pas encore été démontrée, il est clair que la mise en œuvre d’importants retraits et rappels dans le monde entier, ainsi que la mise en cause de nombreuses marques différentes sur le marché (y compris chez des distributeurs mondiaux comme Morrisons et Sainsbury’s) et de différents types de produits montrent clairement une fraude délibérée.

Les épices ont des prix assez élevés, qui permettent de bonnes marges bénéficiaires à travers ce genre de fraude : en outre, les systèmes de traçabilité interne des petites et moyennes entreprises ne sont pas toujours suffisants en raison de la grande complexité requis par le management de ces matières premières et de leur mélange. Enfin, comme l’a souligné le professeur Chris Elliot dans une interview récente, la saison dernière a vu au Gujarat (Inde), une récolte de cumin absolument désastreuse à cause de la météo, et cela a causé une flambée des prix.

Même si une société britannique, Bart Ingredients, a contesté les méthodes d’analyse utilisées par la Food Standards Agency” (FSA), avançant l’hypothèse de « faux positifs » attribués à un autre ingrédient (le « Mahaleb », extrait du noyau d’une variété d’une cerise noire), les chances de prouver que cela est vrai pour tous les cas identifiés semble tout à fait irréaliste.

Epices_a_colombo_1La Grande-Bretagne, a été le pays européen le plus touché par le phénomène. Ici la consommation de cumin comme un exhausteur de goût dans les soupes et les produits transformés, et également en combinaison avec d’autres épices comme le paprika, le piment et le curry, est très élevée. Cependant, l’étendue de la contamination, n’a pas été encore complètement établie. Pour le moment il n’y a pas eu de rapports de décès ou d’hospitalisations dus à ce problème, mais, malheureusement, cela ne peut être qu’une question de temps. Les épices sont utilisées dans de nombreux aliments transformés et préemballés et il sera très difficile de détecter tous les produits contaminés et de les supprimer de tous des étagères (par exemple, les premiers rappels ont impliqués un kit pour fajitas des supermarchés britannique).

Ce sera le premier « stress test » pour le nouveau-né de FSA, la « Food Crime Unit » et le système de sécurité des aliments au Royaume-Uni dans son ensemble, après sa réorganisation à la suite de l’« Elliot Review » (rapport sur l’intégrité et l’assurance des réseaux d’approvisionnement alimentaire : rapport final. Un cadre de prévention du crime alimentaire national -aa). Des signaux importants, cependant, devraient également être envoyés par la Commission européenne, désormais engagée dans la révision du règlement (CE) n°882/2004 et avec la mise en œuvre de mesures appropriées pour lutter contre la fraude.

NB : Silence radio en France de la part de nos autorités. Bien entendu, le communiqué de la secrétaire d’Etat à plein de choses du 21 avril 2015, « Allergènes dans les produits alimentaires : les consommateurs désormais informés ! » est une douce illusion …

Horsegate, nouvel épisode inédit en France !

25
avr
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Classé dans Curiosité, Règlementation, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne, Viande.

imagesUn document du ministère de l’agriculture du 10 février 2014 était intitulé « Quel bilan un an après le Horsegate ? »

Il y a tout juste un an, le 8 février 2013, éclatait en France la crise de la viande de cheval qui mettait à jour la présence de viande de cheval dans des produits théoriquement élaborés à base de bœuf et présentés comme tels. Cette crise révélait un trafic d’ampleur européenne puisque cette viande de cheval était achetée en Roumanie par des traders hollandais puis revendue en France mais également au Royaume-Uni et en Belgique.

Je crois que le ministère va de nouveau devoir communiquer sur le sujet …

En effet, selon un communiqué d’Eurojust du 24 avril 2015, on nous annonce un nouvel épisode inédit « Horsegate saison II ».

Aujourd’hui, un centre de coordination dirigé par Eurojust et dirigé par le bureau français a réussi à arrêter un réseau criminel organisé impliqué dans le commerce de viande de cheval illégale. La police et les autorités judiciaires de France, Belgique, Allemagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas et le Royaume-Uni ont participé à la journée d’action commune, comprenant entre autres, 100 membres de la gendarmerie nationale de France, dont trois étaient présents en Belgique, 100 agents de la Netherlands Food and Consumer Product Safety Authority (Pays-Bas) et les agents belges, dont certains étaient présents en France, Luxembourg et Allemagne.

Les autorités françaises estiment que, entre 2010 et 2013, 4 700 chevaux impropres à la consommation humaine ont été abattus et introduits dans la chaîne alimentaire légale. Quatre cents passeports pour chevaux présentant des anomalies ont été détectés dans la seule France. En raison de la falsification, de la suppression et/ou de la modification de la documentation officielle sur la santé par le groupe, la viande de cheval, jugée impropre à la consommation humaine, a pu entrer frauduleusement la chaîne alimentaire européenne. Selon la législation de l’UE de la chaîne alimentaire, la provenance de toutes les viandes doit être enregistrée et tracée.

horse.meat_.09Les enquêtes sur le principal suspect, un ressortissant belge opérant de Belgique, ont commencé en Belgique en novembre 2012, dirigée par un juge d’instruction du tribunal de première instance de la province de Luxembourg (Arlon Division), en Belgique. La France a commencé son enquête en juillet 2013, dirigée par un juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Marseille (Pôle Santé Publique).

Ces enquêtes ont révélé des liens à ces activités par ce groupe criminel organisé dans d’autres États membres, comme l’Irlande et les Pays-Bas. À la suite de l’information reçue de la Belgique et de la France, la police du Kent a également ouvert une enquête au Royaume-Uni.

Le soutien d’Eurojust a été l’occasion pour les États membres concernés de discuter de la stratégie judiciaire commune la plus efficace et la réponse.

Deux réunions de coordination ont été organisées par Eurojust en 2015. Eurojust a fourni un soutien analytique tout au long de l’enquête.

Une équipe commune d’enquête (JIT) a été formée entre la France et la Belgique en mai 2014, avec le financement du JIT par Eurojust. Les derniers développements dans l’affaire ont conduit le JIT à étendre ses investigations ce mois-ci vers le Royaume-Uni.

Les chiffres clés au moment de la publication de ce communiqué de presse :

  • 26 arrestations faites ;
  • 37 000 euros en espèces saisis ;
  • Plus de 200 chevaux seront examinées par les services vétérinaires ;
  • Des dizaines de perquisitions dans des locaux commerciaux et privés ont été effectués ; et
  • Plus de 800 passeports pour chevaux ont été saisis, ainsi que des médicaments, des dizaines de puces électroniques et du matériel informatique.

Communiqué traduit par mes soins. -aa

NB : A suivre sans délais, cet épisode inédit dans horsegate saison II, car « Aucun service judiciaire n’a pour l’instant établi de lien avec le scandale de la viande de cheval de 2013. »

Comme le rappelle la CLCV, L’entrée en vigueur (au 1er avril 2015) du texte (sur l’étiquetage de l’origine des viandes fraîches et congelées de porcs, d’ovins, de caprins et de volailles) ne règle pas non plus le flou dans lequel les consommateurs sont maintenus lorsqu’ils achètent la viande transformée en saucisses ou nuggets ou lorsqu’elle est incorporée à un plat cuisiné. 

Ce nouvel épisode va-t-il enfin changer la donne ?

Mise à jour du 27 avril 2014. A  noter que le Lundi 13 avril s’est tenu l’atelier « Fraude et cyber risques en entreprise » au sein des locaux de l’ANIAJe ne sais pas si cela s’est déroulé en présence de l’inspecteur Clouzot …

Ronde des rappels, semaine 17 de 2015

24
avr
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Classé dans Allergène, Contamination, Curiosité, Environnement, Hygiène, Rappel, Règlementation, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

RASFF-LogoCommencées avec « La ronde des rappels : semaine 49 » de 2009, les notifications des produits cités ne prétendent pas à l’exhaustivité dans la mesure il n’est pas possible d’avoir accès à toutes les sources permettant d’identifier le retrait/rappel d’un produit. Les informations recueillies ci-après concernent les denrées alimentaires ou les aliments pour animaux de France ou distribués en France. Elles sont issues du portail RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed ou Réseau d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux). Pour des raisons inconnues, la plupart des informations diffusées ne sont pas relayées par les autorités françaises auprès des consommateurs …

  1. Référence RASFF 2015.0520, yessotoxines (5,30 mg/kg) dans des moules réfrigérés d’Italie. Alerte notifiée par l’Italie. Distribution en France.
  2. Référence RASFF 2015.0519, Salmonella typhimurium (présence dans 25g) dans des morceaux découpés surgelés et réfrigérés de dindes de France. Alerte notifiée par la France. Distribution en Belgique, Danemark, Allemagne, Italie, Espagne.
  3. Référence RASFF 2015.0511, gluten (125 mg/kg) non mentionnée sur l’étiquetage d’une sauce bolognaise sans gluten d’Italie. Distribution en France (communiqué d’Auchan), Belgique, Danemark, République Tchèque, Grèce, Espagne, Monaco, Italie.
  4. Référence RASFF 2015.0508, substances de sildénafil thiono analogique (dithiodesmethylcarbodenafil, desmethylcarbodenafil et carbodenafil) dans des compléments alimentaires de Lettonie, via le Portugal. Alerte notifiée par la France. Pas de distribution dans le pays ayant fait la notification. Il s’agit de la seconde alerte au RASFF concernant ces substances interdites en provenance de Lettonie, voir référence 2015.0045.
  5. Référence RASFF 2015.0492, farine de blé non mentionnée dans du « salt & vinegar protein puffs » du Canada, via la France. Alerte notifiée par la Grande-Bretagne. Autriche, Belgique, Canada, Chypre, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Hong Kong, Irlande, Italie, Lituanie, Portugal, Slovaquie, Espagne, Suède, Suisse, Royaume-Uni. A ce jour, seuls trois pays ont informé les consommateurs …

Information collectée pour la semaine 17 de 2015 à la date du 24 avril 2015.

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Quelques idées d’articles auxquels vous avez échappé cette semaine :

Source Richard Lawley dans Food Safety Watch du 21 avril 2015. Extraits de la conclusion de l’article :

Les éclosions récentes devraient agir comme un avertissement à toutes les entreprises alimentaires qui s’approvisionnent en produits frais en provenance de régions où l’hépatite A est endémique. Le virus de l’hépatite A (VHA) peut être répandu dans l’environnement des cultures et de la récolte car il est bien équipé pour survivre, même dans les aliments surgelés. Ces entreprises doivent être conscientes du risque et faire attention sur la façon dont elles se procurent des produits frais, veiller à connaître leur origine exacte afin de pouvoir confirmer que les producteurs ont les mesures appropriées de maîtrise en place. Il peut également être possible de maîtriser périodiquement la chaîne d’approvisionnement vis-à-vis du VHA par des analyses maintenant que des méthodes de détection rapides et fiables sont disponibles. L’assurance du fournisseur est de plus en plus difficile car les chaînes d’approvisionnement deviennent plus en plus complexe et la demande pour des fruits et des légumes hors saison tout au long de l’année augmente, mais la commercialisation de produits importés qui n’a pas une traçabilité complète pourraient avoir des conséquences désastreuses, tant pour l’entreprise et ses clients.

C’est dans ce contexte que vient de paraître, Evolution de l’épidémiologie de l’hépatite A dans l’Union Européenne: nouveaux défis et opportunités, source Gossner CM, Severi E, Danielsson N, Hutin Y, Coulombier D. Changing hepatitis A epidemiology in the European Union: new challenges and opportunities. Euro Surveill. 2015;20(16):pii=21101.

  •  Allergènes et la restauration, même application de la loi pour tous ?

J’en avais parlé dans « Une information orale des consommateurs sur la présence d’allergènes selon les métiers et les industries de l’hôtellerie ? ».

Voici selon une ministre, voici ce qu’il en est de l’application du nouveau décret :

« – Pour les denrées non préemballées (servies par les cantines, restaurants, traiteurs rayons à la coupe des hypermarchés et supermarchés…), l’indication de la présence d’allergènes se fait obligatoirement par écrit, sans que le consommateur n’ait à en faire la demande. L’Etat français a choisi de laisser le libre choix aux opérateurs d’utiliser le système qui leur convient le mieux et leur permet, de la façon la plus simple, de remplir cette obligation.

. Pour les produits en vue d’une consommation immédiate, l’information doit être signalée à proximité immédiate de l’aliment (ex : vitrines des traiteurs, boucheries…), de façon à ce que le consommateur n’ait aucun doute sur le produit concerné.

. Pour la consommation au sein d’un établissement de restauration ou cantine, les professionnels devront tenir à jour un document écrit sur la présence d’allergènes dans les plats proposés. Ce document devra être facilement accessible pour le consommateur à sa demande, le choix de présentation étant laissé à l’appréciation des professionnels. »

L’oral restera donc vraisemblablement la règle en France, car qui va consulter le registre, c’est comme si on voulait demander les résultats des autocontrôles …

  • Ça se passe comme ça en Italie avec McDonald’s et la pizza

Vidéo de McDonald’s Happy Meal versus Pizza. Il s’agit d’une récente pub diffusée de la célèbre marque de fast food en Italie. Contre-attaque de la pizza avec une vidéo sélectionnée parmi plusieurs dizaines, à vous de voir …

  • Le microbiome intestinal est-il altéré dans nos sociétés occidentales ?

Comment la vie moderne réduit nos microbes intestinaux ? Article rédigé d’après une étude scientifique conduite auprès de populations de Papouasie-Nouvelle Guinée.

  • Information liée à la sécurité des aliments à géométrie variable en France sur des cas d’infections d’origine alimentaire en France

Un communiqué du 21 avril 2015 du ministère de l’agriculture annonce des « Cas de Trichinellose après consommation de figatelli artisanaux (Aullène – Corse du Sud) ». C’est assez rapide !

Mais qu’en a-t-il été des œufs contaminés par Salmonella en provenance d’Allemagne en 2014 ?

On pourra lire cette information britannique parue dans Eurosurveillance, A multi-country Salmonella Enteritidis phage type 14b outbreak associated with eggs from a German producer: ‘near real-time’ application of whole genome sequencing and food chain investigations, United Kingdom, May to September 2014. On aurait bien aimé une version française de cette éclosion liée à des œufs venant d’Allemagne …

La seule information disponible en France est ce lien de l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté du 14 août 2014.

Selon un lecteur assidu qui m’a adressé des informations reproduites en partie sur le blog, « les œufs largement souillés dans toutes les unités de vente, n’auraient jamais du partir pour la vente au détail mais en casserie avec un traitement thermique » ! Les consommateurs ont été informés de ces problèmes par la désormais fameuse « affichette » en magasin, qui, selon nos autorités, permet « la bonne mise en place d’une information suffisante au sein des magasins concernés. »

La sécurité des aliments passe par le lavage des mains

22
avr
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Hygiène, Lavage des mains, Microbiologie, Santé, Sécurité des aliments, TIAC.

Le lavage des mains est simple.

Cela étant, la science dit autre chose.

Malgré des communiqués interminables sur le lavage des mains afin d’avoir des aliments sûrs en cuisine, en restauration commerciale ou lorsque l’on donne à manger à un animal, peu de recherches ont été effectuées pour quantifier ce qui fonctionne réellement quand il s’agit du lavage des mains.

Les recommandations du gouvernement américain sont en faveur d’un lavage des mains pendant 15-20 secondes avec de l’eau courante après toute contamination potentielle, ce qui peut ne pas être pratique dans un environnement de restauration commerciale.

Le Dr Donald Schaffner, professeur en sécurité des aliments à l’université Rutgers et ses collègues ont tenté de mettre un peu de science dans cette discussion.

« Beaucoup de personnes semblent avoir des opinions bien ancrées sur le lavage des mains », dit Schaffner, « mais la recherche pour conforter ces avis fait défaut. Notre recherche commence par dissiper certaines croyances populaires sur le lavage des mains. »

handwash_south_park21Les chercheurs ont montré que même un simple lavage des mains (d’un minimum de 5 secondes, sans savon) peut enlever environ 90% des bactéries sur les mains.

En outre, la recherche a montré que le séchage avec des essuie-mains en papier est beaucoup plus efficace que les autres méthodes en raison de la friction mise en jeu enlevant physiquement des bactéries des mains.

Schaffner dit « Tout le monde a une opinion sur le lavage des mains, mais notre recherche commence à fournir des données réelles pour aider à informer sur un protocole raisonnable. »

Contact : Dr Donald Schaffner, schaffner@aesop.rutgers.edu

Voici donc le résumé de l’étude portant sur la quantification de l’effet de la durée du lavage des mains, l’utilisation du savon, la présence de souillures à base de viande hachée de bœuf et les méthodes de séchage des mains sur l’enlèvement de Enterobacter aerogenes présents sur les mains

Résumé.

Le lavage des mains est reconnu comme une étape cruciale pour prévenir la transmission de maladies d’origine alimentaire en limitant le transfert de contamination entre les mains, les surfaces et les aliments.

Cette recherche a été entreprise afin d’établir l’importance de plusieurs facteurs clés (le savon, la souillure, la durée et la méthode de séchage) dans la réduction de micro-organismes lors du lavage des mains. Enterobacter aerogenes, un substitut non pathogène de Salmonella résistant à l’acide nalidixique, a été utilisé pour évaluer l’efficacité de l’utilisation ou non du savon pendant 5 ou 20 secondes sur des mains avec ou sans souillures à base de viande hachée de bœuf et un séchage des mains avec un essuie-mains en papier ou par air. Chaque expérience a consisté en 20 répétitions, chacune à partir d’un individu différent ayant ~ 6 log ufc/ml de E. aerogenes sur leurs mains. Une réduction de 1,0 ± 0,4 et 1,7 ± 0,8 log ufc de E. aerogenes a été observée respectivement lors d’un lavage sans savon pendant 5 secondes et 20 secondes avec un lavage des mains avec du savon. Quand il n’y avait pas de souillures sur les mains, il n’y avait pas de différence significative entre le lavage des mains avec ou sans savon pendant 20 secondes (P > 0,05). De même, il n’y avait pas de différence significative dans les réductions obtenues lors du lavage sans savon, avec ou sans souillure sur les mains (P > 0,05). Une réduction significativement plus importante (P < 0,05) de E. aerogenes (une réduction plus élevée de 0,5 log ufc) a été observée avec le lavage des mains avec du savon quand des souillures de viande hachée de bœuf étaient présentes sur les mains. La plus grande différence (une réduction plus élevée en moyenne de 1,1 log ufc) dans l’efficacité s’est produite lorsque la présence de souillures de viande hachée de bœuf étaient sur des mains et un lavage à l’eau pendant 20 secondes a été comparée avec un lavage des mains pendant 20 secondes avec du savon. Des réductions significativement plus élevées (P < 0,05) ont été observées avec un séchage avec un essuie-mains en papier par rapport à l’air (réductions plus élevées de 0,5 log ufc).

Des essuie-mains en papier usagés peuvent contenir des niveaux élevés de bactéries (> 4,0 log ufc par essuie-mains) lorsque les mains sont fortement contaminées. Nos résultats indiquent que des futures évaluations quantitatives des risques microbiens sont nécessaires pour gérer efficacement les risques de maladies d’origine alimentaire dans lesquels les mains des personnels travaillant dans alimentaires sont une cause primaire.

Jensen, Dane A.;Danyluk, Michelle D.; Harris, Linda J.;Schaffner, Donald W. Quantifying the effect of hand wash duration, soap use, ground beef debris, and drying methods on the removal of Enterobacter aerogenes on hands. Journal of Food Protection®, Number 4, April 2015, pp. 636-858, pp. 685-690(6).

NB : Source article de Doug Powell du barfblog.

Commentaires. Etude très utile mais on pourra aussi se référer à l’énorme travail de Pete Snyder dans A «safe hands» Hand Wash program for retail Food operations: a technical review, publié en 1999. Travail historique toujours utile !

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Quelques idées d’articles auxquels vous avez échappé cette semaine :

  • Comment Salmonella survit à une attaque acide des macrophages ?

Les macrophages détruisent les bactéries en les engloutissant dans des compartiments intracellulaires, qu’ils acidifient puis tuent ou neutralisent les bactéries. Certaines bactéries pathogènes telles que Salmonella enterica, continuent d’exister et même de se développer au sein de ces compartiments acidifiés. Cependant, la façon dont Salmonella répond à l’environnement acide et comment l’environnement peut affecter la virulence de pathogène ne sont pas claires. Une nouvelle étude révèle que Salmonella combat l’acide avec un acide, en abaissant le pH de son propre intérieur en réponse à l’acidification du compartiment contenant Salmonella dans les macrophages, et en utilisant un faible pH comme signal pour activer les gènes nécessaires pour établir une l’infection.

  •  Carrefour nous fait bien rire avec cette thématique fumiste, « Comment Carrefour a allongé la durée de vie de certains de ses produits ? »

Dans le dernier numéro de PROCESS Alimentaire (avril 2014 n°1324, page 98), on apprend par la voix de la directrice du développement durable pour Carrefour France, « Nos produits n’ont pas été reformulés. Aucun conservateur n’a été ajouté. C’est la réalisation de challenge-tests très poussés qui a permis de déterminer les durées de vie plus longues, pouvant aller de 7 à 10 jours pour les yaourts nature par exemple. »

Eminente découverte constatée depuis des dizaines d’années par tous les amateurs (et consommateurs) de yaourts nature. Je dirais même que les yaourts nature peuvent être consommer sans souci 15 jours après la fin de la limite de consommation quand ils conservés au réfrigérateur. Comme direz l’autre, passez les bornes, il n’y a plus de limites … Ah le développement durable avec Carrefour, c’est formidable, on va de découverte en découverte !

Je suggère à notre directrice de voir l’essai réalisé sur ce site, cela lui aurait coûté sans doute moins d’argent que des « challenge-tests très poussés ».

  • Campylobacter dans les poulets en Allemagne

Des améliorations sont nécessaires pour maîtriser Campylobacter dans les volailles en Allemagne, selon le BfR (rapport en allemand). Le dernier rapport annuel sur les zoonoses en Allemagne, préparé par l’Institut fédéral pour l’évaluation des risques (BfR) révèle que ni le taux de détection de Campylobacter dans les aliments ni le nombre d’infections signalées ont baissé en 2013, en dépit des efforts considérables pour maîtriser le pathogène. Source Food Safety Watch.

Et en France qu’en est-il ? Pas de rapport sur les zoonoses, il faut donc lire le rapport 2014 de l’EFSA pour connaître les détails. De même silence radio de la part de nos autorités et pourtant le problème est connu, voir ce lien sur le blog concernant Campylobacter. Cela étant, il existe quelques éléments dans les « priorités de travail de l’Anses pour 2015 », voir le volet Orientations de l’Anses dans le domaine de la Santé-Alimentation pour 2015. Mais il me semble que cela ne sera pas de nature à changer les choses en 2015 concernant la présence de Campylobacter dans les volailles.

Par ailleurs, l’Anses diffuse des informations plutôt curieuses comme celle-ci, « Dans le domaine de la sécurité sanitaire des aliments, la France fait souvent figure de pionnière en Europe et dans le monde en appliquant des politiques de maitrise des risques qui produisent des résultats probants : les salmonelloses, qui demeurent une cause majeure de toxi-infections alimentaires ont diminué de moitié en 10 ans dans notre pays. » L’Anses ne sait-elle pas que les cas de salmonellose augment en France selon le rapport de l’EFSA précité ? 8705 en 2012, 8685 en 2011, 7184 en 2010 et 7153 en 2009.

A lire par ceux qui croient que l’ISO 22000 est soluble dans la sécurité des aliments, on pourra lire ce communiqué de l’ISO (extrait) :

S’appuyant sur cette consultation, le groupe de révision va donc s’atteler en priorité à :

- Clarifier certains concepts clés, notamment : points critiques pour la maîtrise, programmes prérequis opérationnels, approche fondée sur les risques, retraits et rappels de produits, combinaison de mesures de maîtrise externes

- Mettre à jour les termes et définitions

- Simplifier la norme et la rendre plus concise

- Éviter un contenu trop prescriptif

- Inclure plus largement les PME

Point de vue par John Davison et Marcel Kuntz – SPS n° 310, octobre 2014, AFIS.

Une équipe de chimistes du Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux Etats-Unis a mis au point un nouveau capteur portable basé sur des nanotubes de carbone chimiquement modifiés qui est capable de détecter un sous-produit volatile issu de l’altération microbienne de la viande. A suivre …

Ronde des rappels, semaine 16 de 2015

17
avr
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Classé dans Contamination, Curiosité, Hygiène, Rappel, Règlementation, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

RASFF-LogoCommencées avec « La ronde des rappels : semaine 49 » de 2009, les notifications des produits cités ne prétendent pas à l’exhaustivité dans la mesure il n’est pas possible d’avoir accès à toutes les sources permettant d’identifier le retrait/rappel d’un produit. Les informations recueillies ci-après concernent les denrées alimentaires ou les aliments pour animaux de France ou distribués en France. Elles sont issues du portail RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed ou Réseau d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux). Pour des raisons inconnues, la plupart des informations diffusées ne sont pas relayées par les autorités françaises auprès des consommateurs …

  • Référence RASFF 2015.0491. Risque de casse du col de bouteilles en verre de vin d’Italie. Alerte notifiée par le Royaume-Uni. Distribution Belgique, Canada, France, Irlande. Deux pays ont diffusé des communiqués de rappel, Royaume-Uni et Irlande.
  • Référence RASFF 2015.0487, noisettes non mentionnées (36,6; 34,2 mg/kg) dans du chocolat de Belgique. Alerte notifiée par la Belgique. Distribution en France.
  •  Référence RASFF 2015.0480, irradiation non autorisée d’anchois séchées de Thaïlande. Notification par les Pays-Bas. Distribution en Autriche, Belgique, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Malte, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne, Suède, Suisse, Royaume-Uni.
  • Référence RASFF 2015.0477, Listeria monocytogenes (1800 ufc/g) dans du fromage au lait cru de France. Alerte notifiée par la France. Distribution en France, Allemagne et Hong-Kong. Rappel auprès des consommateurs à Hong-Kong, mais pas de nouvelles en France …
  • Référence RASFF 2015.0466, faible enregistrement de traçabilité pour du poisson salé du chipfish. Notification par la Norvège. Distribution Argentine, Brésil, France, Norvège, Portugal, Suisse, Royaume-Uni.
  • Référence RASFF 2015.0465, histamine (1648 mg/kg) dans du thon en boîte d, ’Equateur. Notification par la France. Distribution restreinte au pays ayant réalisé la notification.
  • Référence RASFF 2015.0464, allergène sésame non mentionné dans une soupe chinoise Instant Noodle Soup Beef de Taiwan. Alerte notifiée par les Pays-Bas. Distribution Autriche, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Pays-Bas, Suisse. A noter le communiqué de rappel en Belgique.
  • Référence RASFF 2015.0463, acide okadaïque (230,1 µg/kg), toxine diarrhéique (en anglais DSP, pour « Diarrheic Shellfish Poison ») dans des moules (Mytilus edulis) crues d’Irlande. Alerte notifiée par la France. Distribution en France. Produit présumé ne plus être sur le marché. A noter que le prélèvement a été réalisé le 26 mars et la notification le 13 avril 2014.

Information collectée pour la semaine 16 de 2015 à la date du 17 avril 2015. A titre d’information, il y a eu 25 notifications d’alertes pour des produits alimentaires d’origine France depuis le début de l’année 2015 et 15 notifications d’alertes pour des produits alimentaires d’origine Chine … étonnant, non !

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Quelques idées d’articles auxquels vous avez échappé cette semaine :

  • L’EFSA en 2014 : protéger les consommateurs, regarder vers l’avenir

Un communiqué de l’EFSA du 15 avril 2014 indique « En 2014, l’EFSA a de nouveau mené à bien un important programme de travaux scientifiques et entrepris une série de projets qui aideront l’Autorité à atteindre des niveaux supérieurs d’efficacité, d’innovation et de transparence.

De l’acrylamide aux zoonoses, les travaux de l’EFSA couvrent les questions de sécurité alimentaire de A à Z ; ces travaux sont décrits en détail dans le rapport annuel 2014 de l’Autorité publié ce jour. Plus de 500 productions scientifiques qui ont contribué à étayer des décisions sur base de données probantes et ont assuré une meilleure protection des consommateurs tout au long de l’année.

Parmi les faits saillants de l’année écoulée figurent des travaux de pointe sur les risques potentiels associés aux pathogènes résistants aux antimicrobiens, des avis scientifiques urgents dispensés suite à la crise de l’Ébola, aux épidémies d’hépatite A, à la grippe aviaire et à la peste porcine africaine, mais aussi des évaluations programmées dans le calendrier de travail de l’EFSA portant sur l’évaluation des risques et les allégations de santé associées à des produits réglementés. »

On peut regarder vers l’avenir, certes, mais comme disait Pierre Dac, on « l’aura dans le dos, chaque fois qu’on fera demi-tour », cela étant protéger les consommateurs, pourquoi pas , mais je ne vois pas comment une agence d’évaluation des risques pourrait le faire alors qu’elle n’est pas gestionnaire du risque …

D’autant qu’on a pu voir qu’avec les OGM, cela n’était pas du tout le cas … En effet, les « états membres, qui peuvent désormais limiter ou interdire la culture d’un OGM sur tout ou une partie de leur territoire. Cela peut se faire même si l’évaluation des risques, telle que faite par l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) démontre que l’OGM ne présente pas de risques pour la santé humaine, la santé animale ou l’environnement. »

Alors, merci de protéger le consommateur avec de bonnes paroles

  • Allergènes dans les épices ou pourquoi la réponse en France vient-elle si tard ?

Après les Etats-Unis et le Canada puis le Royaume-Uni, il a été découvert la présence d’allergènes dans des épices, voir ce lien (anglais) datant du 24 février 2014.

L’AFSCA de Belgique vient de décider le rappel d’épices le 23 février pour cette même problématique …

Mais on apprend par une note de l’Anses du 1er avril 2015 et mis en ligne le 16 avril, ce qui suit, « Le 12 mars 2015, l’Anses a été informée d’une alerte européenne relative à la présence d’amande dans du paprika en provenance d’Espagne, conduisant la Direction générale de la concurrence, la consommation et la répression des fraudes à transmettre le 24 mars 2015 une demande d’appui technique et scientifique en urgence afin de permettre d’affiner les mesures de gestion de risque. »

Une alerte avait été notifiée au RASFF par la Belgique le 9 mars 2015, référence 2015.0286. La DGCCRF lit-elle les alertes du RASFF ? Quelqu’un fait-il une veille à l’Anses et/ou à la DGCCRF ?

  • Bactéries résistantes aux antibiotiques dans des légumes frais importés

Des chercheurs de l’Université de Zurich ont trouvé des bactéries résistantes aux antibiotiques dans les légumes frais importés de l’Inde, la Thaïlande, le Vietnam et la République dominicaine. Cela soulève des préoccupations de santé publique au sein de la population suisse. Voir l’article scientifique à l’origine de cette information, Extended-Spectrum-β-Lactamase-Producing Enterobacteriaceae Isolated from Vegetables Imported from the Dominican Republic, India, Thailand, and Vietnam.

Il n’y a donc pas que les denrées alimentaires d’origine animales …

  • Informations sur les substances chimiques dans les aliments: synthèse annuelle pour le grand public

Communiqué de l’’EFSA du 15 avril 2015. Des traces de produits chimiques sont parfois détectées dans les aliments et les boissons: pesticides dans les fruits et légumes, médicaments vétérinaires dans la viande et autres produits d’origine animale, ou encore contaminants environnementaux dans divers produits alimentaires. Des contrôles réguliers contribuent à garantir la conformité avec les règles et les normes de sécurité alimentaire en vigueur et à protéger les consommateurs contre les risques potentiels associés à ces substances. Mais à quels niveaux se situent les concentrations de ces substances dans les aliments et dépassent-elles les limites légales?

L’EFSA publie un nouveau rapport destiné à apporter à un public non-spécialiste une vision équilibrée des résultats de la surveillance annuelle exercée à l’échelle européenne sur les substances chimiques présentes dans les aliments. Le rapport fournit le contexte qui fait parfois défaut lorsque des exemples de produits chimiques détectés dans les aliments sont rapportés dans les médias. L’analyse des données recueillies à travers l’Europe et réalisée par l’EFSA montre, par exemple, que le dépassement des limites autorisées constitue l’exception plutôt que la règle.

En espérant que les marchands de peurs liront ce rapport mais rien n’est moins sûr …