La norme ISO 21469 est-elle réellement nécessaire ? (2/2)
Classé dans Contamination, Hygiène, Normalisation, Réglementation, Sécurité des aliments, Union Européenne.
Suite du premier volet présent sur ce lien.
Avec les réserves émises dans l’article précédent, les lubrifiants ou les graisses H1 sont bien acceptés partout dans le monde par les fabricants de denrées alimentaires comme une marque de salubrité des lubrifiants. Il est vrai que c’est une ‘norme’ américaine mais elle a été adoptée par les fabricants de lubrifiants dans la plupart des pays, avec un enregistrement NSF ou InS.
L’article de Sid Stone explique aussi que les fabricants de lubrifiants ont étudié la norme ISO 21469 en détails et beaucoup estiment qu’elle ne peut pas être totalement respecté. Cela étant dit NSF, concurrent d’InS, propose aux fabricants de lubrifiants une certification comme cela est montré sur ce document NSF en français, « Cette nouvelle option de certification est proposée aux fabricants de lubrifiants à sec de qualité agro-alimentaire recherchant un organisme de vérification tiers et indépendant, capable d’enregistrer des produits selon le standard ISO 21469. Le programme de certification NSF fourni une évaluation de l’hygiène du produit unique et détaillée qui inclus la revue de la formulation et de l’étiquette, un audit du site de production, une évaluation du risque et un test du produit. Les produits certifiés se distinguent par la Marque de Certification NSF ISO 21469 ». A voir ce que cela apporte de plus par rapport au marquage H1 et votre démarche BPH et HACCP. Il vaut mieux, à mon sens, utiliser son argent à améliorer la conception hygiénique des équipements. Mais il faut le dire il y a des consultants qui sont accrocs (sorte de cacas nerveux) à cette norme, ce sont bien les seuls !
Le fait qu’il n’y ait pas de réglementation européenne régissant l’utilisation ou la fabrication de lubrifiants susceptibles d’entrer en contact avec les denrées alimentaires n’est pas une solution en soi. Les lubrifiants sont des produits chimiques qui ont d’abord été réglementés par une directive sur les substances dangereuses (67/548/CEE) et maintenant par REACH (1907/2006/CE) qui est entré en en vigueur en 2007 avec une phase transitoire pour l’enregistrement jusqu’en juillet 2018. Le règlement REACH ne concerne pas que les fabricants et importateurs de substances chimiques sur le territoire européen. Le rôle de l’utilisateur aval est prépondérant. Un utilisateur aval est une personne physique ou morale, autre que le fabricant ou l’importateur, qui utilise une substance (telle quelle ou en préparation) au cours de ses activités industrielles ou professionnelles. On distingue deux rôles principaux :
- formulation d’une préparation : ex peinture, plastique, produit de nettoyage …
- utilisation finale d’un produit chimique : ex huile, lubrifiant…
REACH vise à améliorer la connaissance des risques liés aux substances chimiques. Dans ce cadre, le rôle de l’utilisateur aval est primordial.
Le document EHEDG n°8 (disponible gratuitement et en intégralité en anglais) sur les critère de conception hygiénique des équipements traite des lubrifiants, en ces termes, « Les équipements doivent être conçus de telle façon que les lubrifiants ne viennent pas au contact des aliments. Si le contact est occasionnel, les lubrifiants doivent être conformes au programme d’enregistrement des composés non alimentaires de NSF » (On a vu plus haut qu’InS fournit le même type de prestation).
Le document EHEDG n°23, Production et utilisation de lubrifiants de qualité alimentaire, fait le point sur le sujet mais il date de 2002, c’est-à -dire qu’il est antérieur à REACH. Une traduction française par mes soins est disponible auprès de la Fondation EHEDG. « Les lubrifiants, graisse et huile, sont des composés nécessaires à la lubrification, le transfert thermique, la transmission de charge ou la protection vis-à -vis de la corrosion d’une machine, des éléments d’une machine et d’un équipement. Le contact occasionnel entre les lubrifiants et l’aliment ne peut pas être complètement exclu et peut entraîner une contamination de l’aliment. Ce risque s’applique aussi bien aux lubrifiants de qualité alimentaire ou « lubrifiants pour contact occasionnel avec les aliments » et les lubrifiants conventionnels. Cette ligne directrice peut aider les fabricants de lubrifiants à mieux comprendre leurs responsabilités fondées sur les BPH en fixant les exigences générales et les recommandations pour la fabrication hygiénique et de fourniture de lubrifiants de qualité alimentaire. Ce document peut aussi aider les opérateurs alimentaires en leur expliquant les dangers qui peuvent raisonnablement avoir lieu lors de l’utilisation de lubrifiants de qualité alimentaire et les actions nécessaires pour éliminer ces dangers ou réduire leur occurrence à des niveaux acceptables. »
En dernière analyse, et dans l’attente de nouvelles évolutions qu’il faut bien évidemment suivre, l’enregistrement H1 existe et, jusqu’à présent, cela a bien fonctionné. Il n’est donc pas besoin d’audit supplémentaire pour obtenir un quelconque avantage dans son système de maîtrise de la sécurité des aliments.
Comme dans toute action préventive, bien suivre les prescriptions d’emploi des lubrifiants y compris ceux de qualité alimentaire, car les personnels de maintenance doivent bien avoir à l’esprit, en termes de bonnes pratiques d’hygiène, que les lubrifiants ne sont pas des aliments (attention aux marquages incorrects de type lubrifiant alimentaire) et que la graisse qui se voit est de la graisse qui ne sert pas (attention aux quantités). Il faudrait aussi discuter du tout H1, est-ce réellement nécessaire, mais ce sera pour une prochaine fois …
H1. Lubricants with incidental contact, Lubrifiants avec contact occasionnel H2; Lubricants with no contact, Lubrifiants sans contact H3. Soluble oils, huiles solubles

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