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Comment améliorer la sécurité des aliments aux Etats-Unis ? (1/3)

29
mai

Classé dans Audit, Environnement, Rappel, Réglementation, Santé, Sécurité des aliments.

Voici un texte qui permet de comprendre un peu mieux comment fonctionne la sécurité des aliments aux Etats-Unis et comment cela va-t-il évoluer. Compte tenu de son importance, tant par les thèmes abordés que par sa taille, ce document est diffusé en trois volets afin de mieux le lire sur ce blog.

L’article s’intitule « How to Improve Food Safety. Aggrandizing the FDA Only Distracts from Real Solutions » ou Comment améliorer la sécurité des aliments ? Donner plus de moyens à la FDA détourne seulement des vraies solutions par Jim Prevor. Cet article est paru dans The New Atlantis, A Journal of Technology & Society, le 21 mai 2010. Je remercie tout particulièrement Jim de la confiance qu’il m’a accordé en diffusant en langue française cet article plein de bon sens.

Jim Prevor est le fondateur et rédacteur en chef du magazine Produce Business et écrit fréquemment sur la sécurité des aliments et d’autres questions dans PerishablePundit.com, site à recommander. Il est le lauréat du Prix Timothy White pour l’intégrité éditoriale. Voir ici la biographie complète de Jim Prevor.

How to Improve Food Safety. Aggrandizing the FDA Only Distracts from Real Solutions
Comment améliorer la sécurité des aliments ? Donner plus de moyens à la FDA détourne seulement des vraies solutions

jim_prevorLe rappel récent de laitues romaine fraîchement coupées dans un site de l’Ohio par une compagnie appelée Freshway Foods a fourni un nouveau cri de ralliement aux militants qui essaient de faire passer rapidement au Sénat le FDA Food Safety Modernization Act. Le Center for Science in the Public Interest (CSPI), un groupe de défense des consommateurs, a fait cette déclaration :

Alors que les consommateurs attendent du Congrès qu’il adopte une législation sur la sécurité des aliments, les sites qui transforment et ensachent de la laitue et les exploitations agricoles qui la cultivent sont en train de travailler dans un système industriel de confiance qui a ici clairement échoué. La FDA ne peut pas nous dire, alors que des inspecteurs sont allés sur le site, où cette laitue a été cultivée. Le Congrès a un besoin urgent de donner à la FDA les ressources et l’autorité et la transformer d’une agence réactive en une agence axée sur la prévention de la contamination.

Freshway a effectué ce rappel sur une base volontaire, parce que - même avec la présence de ce danger grave pour la sécurité des aliments - la FDA n’a pas la capacité d’ordonner un rappel. Donner le pouvoir à la FDA de réaliser un rappel obligatoire est une autre raison pour laquelle le Sénat doit faire aboutir le FDA Food Safety Modernization Act, sans plus tarder.

Tout cela est un non sequitur. La société impliquée a rapidement rappelé ses produits en fonction des demandes de la FDA ; donner à la FDA l’autorité de rappeler n’aurait rien apporté dans ce cas. Le projet de loi exigerait que la FDA inspecte les entreprises transformation des aliments à « risque élevé » une fois par an et pour les autres, une fois tous les quatre ans. Mais l’entreprise en cause dans cette affaire était déjà régulièrement inspectée par les inspecteurs du gouvernement et des sociétés privées d’audit. Il n’y a aucune indication pour dire que plus l’inspection est fréquente par la FDA, plus cela réduit l’incidence des maladies d’origine alimentaire.

Avec son autorité actuelle, la FDA peut déjà recommander tout ce qu’elle désire. La grande « crise des épinards de 2006 » s’est traduite, en fait, par une simple recommandation de la FDA vers les consommateurs qui ne devaient pas manger des épinards frais, et les commerçants ne les ont pas vendus. Le fait que la FDA n’avait pas le pouvoir de rappel obligatoire n’a pas d’importance : aucun supermarché ou restaurant de renom d’une chaîne serait à même de vendre ou d’utiliser un produit que la FDA recommande de ne pas utiliser.

En fait, si la FDA savait comment « prévenir la contamination » des produits frais sans compromettre d’autres éléments, comme rendre un aliment accessible facilement, elle pourrait simplement suggérer ces procédures et recommander de ne pas consommer ou de vendre des produits non cultivés ou transformés de cette façon. Elle ne le fait pas, non pas parce qu’elle manque d’autorité, mais parce qu’elle n’a pas la moindre idée de comment « prévenir la contamination » des produits frais.

En effet, la demande présentée par le CSPI, à propos des pratiques de sécurité des aliments qui ont « clairement échoué », n’a de sens que si vous croyez que l’objectif approprié pour un système de sécurité des aliments appliqué à un produit cultivé à ciel ouvert, sous réserve du vent, de la pluie, des animaux et d’autres variables de Mère Nature, est que personne ne devrait jamais faire d’erreur - une attente de sécurité que nous n’appliquons même pas aux voitures, aux compagnies aériennes ou à tout autre aspect de notre vie quotidienne.

La réalité est que nous savons très peu sur la sécurité des aliments. Personne ne connaît le taux de migration de E. coli O157 ou dans quelle mesure une mouche peut transporter un agent pathogène. En l’absence de réponses définitives, la sécurité des aliments à la ferme est un continuum, et non un absolu.

Le bon sens indique que si une zone tampon de 1,5 mètres autour d’un champ est bonne, une zone tampon de 3 mètres est meilleure et une zone tampon de quinze mètres est mieux encore. Si mettre un piège à tous les quatre vingt dix mètres pour attraper des rongeurs dans le champ est bon, alors en mettre tous les quarante cinq mètres est meilleur, et tous les vingt-cinq mètres mieux encore. Si la terre est inondée, ce qui peut apporter des agents pathogènes inconnus, retarder la plantation de trois mois est prudent, six mois plus prudent, cinq ans, super prudent.

Il n’y a pas de place dans le continuum des actions auxquelles nous pouvons déclarer que les aliments sont définitivement et absolument « sûrs ». Toutes les actions de sécurité des aliments dont nous disposons ne sont que des mesures en vue de réduire les risques. Chacune des étapes a pour effet d’accroître le coût du produit pour le consommateur - et peut également entraîner d’autres coûts, tels que la préservation de l’environnement.

Nous sommes capables de construire des voitures qui peuvent résister à des collisions 100 miles par heure (160 Km par heure). Mais la loi n’exige pas cela parce que nous savons que ces véhicules coûteux, lourds, gourmands en carburant iraient à l’encontre d’autres valeurs, telles qu’avoir des transports abordables et réduire notre dépendance au pétrole. De façon similaire, bien que nous apprécions la valeur sécurité des aliments, il y a aussi d’autres choses que nous apprécions. Nous ne cultivons pas chaque feuille de laitue romaine dans un environnement maîtrisé indoor comme dans une « salle blanche » d’une usine de fabrication de semi-conducteurs. Nous ne demandons pas aux travailleurs agricoles de se décontaminer et d’enfiler des combinaisons spéciales pour éviter de transmettre des agents pathogènes au produit. Ces mesures permettraient d’augmenter le prix des produits de façon spectaculaire, privant ainsi beaucoup de personnes de la possibilité de manger une alimentation plus saine. Et même si ces précautions étaient prises, il reste la possibilité que des cuisiniers et des serveurs – à la fois dans les restaurants et à la maison - puissent contaminer le produit.

La FDA possède déjà un pouvoir énorme : elle peut et a arrêté les ventes dans des usines entières et a bloqué l’entrée de produits d’entreprises et de pays. Avec sa vaste influence sur les consommateurs et les acheteurs, elle peut mettre en faillite presque tout agriculteur, éleveur, conditionneur ou transformateur. Peu prenne le risque de croiser le fer avec la FDA.

Un plan pratique pour réformer

C’est sûr, le gouvernement a un rôle important dans la sécurité des aliments - bien entendu dans trois catégories. Premièrement, il faut examiner le système juridique et comprendre que la façon dont est attribuée la responsabilité façonne le comportement des personnes et des entreprises. Deuxièmement, le gouvernement devrait travailler à changer la structure incitative inhérente du système de responsabilité d’aujourd’hui afin d’encourager les activités de sécurité souhaitées. Troisièmement, le rôle d’un gouvernement efficace dans ce domaine doit être repensé, non pas avec un gouvernement plus fort, mais un gouvernement qui fait bien ce qu’il tente de faire - s’acquitter plus efficacement de ses responsabilités traditionnelles en établissant une structure juridique pour le commerce et une réglementation efficace, et contribuer à la dissémination des connaissances.

La suite est dans le second volet, 2/3.

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