« Total recall » est un article de Richard Lawley qui est paru le 25 mai 2012 sur son blog Food Safety Watch.
Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’une critique du film désormais culte, Total Recall. Il va donc être questions de rappels aux Etats-Unis mais aussi, on comme va le voir, de Listeria aux Etats-Unis mais aussi en France.
L'un des plus grandes décisions d’une entreprise alimentaire à prendre est de savoir s’il y a rappel ou pas d’un produit. Parfois, il s'agit d'une décision facile à prendre, tout lien avec une épidémie d'intoxication alimentaire va déclencher un rappel, mais souvent les choses sont moins claires. Les rappels sont coûteux et dommageables, de sorte que déclencher un rappel n'est pas quelque chose à prendre à la légère. D'autre part, les fabricants d'aliments ont une obligation morale et juridique de protéger leurs clients. Naturellement, la règlementation a tendance à se concentrer sur la protection des consommateurs, c'est leur job, mais cela peut conduire à des rappels qui, avec le recul, n’étaient probablement pas nécessaires.
Cela a été mis en évidence cette semaine par le « Stericycle ExpertRECALL Index » de tous les rappels d'aliments enregistrés par la FDA aux Etats-Unis au cours du premier trimestre 2012. Selon l'index, il y a eu 142 rappels au cours de ce trimestre, ce qui semble beaucoup, mais cela était apparemment 19% de moins qu'au trimestre précédent. Ces rappels ont impliqué autour de sept millions d'unités alimentaires individuelles, ce qui semble effectivement aussi beaucoup, mais c'est en fait 90% de moins qu'au trimestre précédent. Le véritable intérêt pour moi ne réside pas dans le nombre de rappels, mais dans les raisons pour les quelles ils sont faits. La cause la plus fréquente était la présence non déclarée d’allergène, qui représentait 40% des produits, suivie par la contamination par Listeria (30%).
Le nombre élevé de rappels liés à Listeria peut être considéré comme quelque chose de propre aux Etats-Unis, découlant de la politique de la réglementation de la « tolérance zéro » vis-à-vis de Listeria. Seulement cette semaine, un rappel national de grande ampleur de salades ensachées potentiellement contaminées a été annoncé. Dans l'Union européenne, ce type de rappel peut ne pas être nécessaire, car les règles de sécurité des aliments disent qu’un faible nombre de Listeria est acceptable, à condition que cela ne se développe pas à un taux dangereux. Pendant la durée de vie. Que l'approche américaine soit meilleure est difficile à dire, mais elle rend la vie un peu plus difficile pour les fabricants de produits alimentaires.
Les rappels dus aux allergènes non déclarés sont une autre affaire. L'image de l’Europe est la même qu’aux États-Unis qui comptabilisent les allergènes comme étant une grande part des rappels d’aliments.
Tous ces rappels sont-ils nécessaires ? Encore une fois, c'est difficile à dire, mais cela illustre ce qui est que beaucoup de fabricants de produits alimentaires n'ont pas vraiment mis leurs moyens en commun ensemble au sujet de la maîtrise des allergènes. De nombreux rappels liés aux allergènes sont provoqués par des erreurs d’étiquetage sur les emballages. Cela devrait être facilement réparable parce que cela signifie de toujours faire correspondre le produit avec l'emballage ad hoc.
Les problèmes de contamination croisée sont beaucoup moins fréquents et l'adoption d’un plan de maîtrise des allergènes pourrait prévenir bon nombre d’entre eux. Les fabricants d'aliments ont la capacité de faire plus pour prévenir les rappels liés aux allergènes, ce qui ne serait pas seulement bénéfique pour les consommateurs, mais aurait également un grand intérêt commercial.
En France au sujet de Listeria, « Le nombre de retraits (avec ou sans rappel) de produits s’élève à 388 en 2009. Le nombre de rappels de produits (informations vers le consommateur) s’élève à 184 en 2009 contre 96 en 2008. La communication peut se faire de deux façons : affichettes sur les lieux de vente et/ou communication par voie de presse : locale, régionale ou nationale. »
La DGAl précise, « Le nombre important d’enregistrements de non-conformités vis-à-vis de Listeria monocytogenes s’explique notamment par le fait qu’en France, tout produit destiné à être consommé en l’état, trouvé positif en Listeria monocytogenes < 100 ufc/g en cours de vie, et pour lequel il n’y a pas d’éléments permettant de garantir que le taux de 100 ufc/g ne sera pas dépassé à la DLC, donne lieu à une alerte. »
Rappels dont le consommateur ne sait quasiment rien, sauf à rechercher où se trouve l’affichette, quand elle est présente !
Voir pour ces données, le « Bilan des non conformités des produits alimentaires du modèle français », 1 et 2, source note de service DGAL/MUS/N2011-8018 du 13 janvier 2011 sur le « Bilan des non-conformités enregistrées à la DGAl pour les années 2008 et 2009 ». Pour les années 2006 et 2007, voir, « Listeria est en tête en 2006, 2007 et … », 1 et 2.
La situation se complique et, contrairement à ce que signale Richard Lawley dans son article, en France aussi, on pratique la « tolérance zéro », comme le rapporte cet article, Surveillance des Listeria monocytogenes dans les aliments qui précise de façon plus nette les critères microbiologiques pour Listeria monocytognes.
« Il faut noter qu’en France, ces alertes-produits sont déclenchées en cas de présence de Lm pour tout produit mis sur le marché, à consommer en l’état et permettant la croissance de Listeria, quel que soit le résultat de dénombrement, ce qui est plus sévère que ce qui est prévu par le règlement 2073/2005 modifié (100 UFC/g). De 2009 à 2010, 646 alertes relatives à des produits d’origine animale, ou des denrées à base de ces produits ont été enregistrées pour Lm, dont 85 % suite à des autocontrôles effectués par les professionnels. »
En conclusion, les auteurs notent « En complément de ces actions de plan de maîtrise, les mesures de gestion des aliments liés aux alertes-produits ont pu contribuer à l’absence d’épidémie à Lm en France depuis 2006. Il apparaît donc important de maintenir une vigilance sur toute la chaîne de production, d’impliquer tous les acteurs, de sensibiliser la population, en particulier les populations à risque et d’identifier l’évolution des modes de préparation pouvant présenter un risque pour le consommateur. »