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Les porcs morts de Shanghai, un échec de la réglementation sur la sécurité des aliments en Chine

16
mar
5 commentaires
Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Hygiène, Réglementation, Santé, Sécurité des aliments.

Un article « Les porcs morts de Shanghai, un échec de la réglementation sur la sécurité des aliments » de Yanzhong Huang paru est dans le blog.cfr.org du 13 mars 2013, sous le titre, Dead Pigs in Shanghai: Failing Food Safety Regulations.

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Un villageois qui découpe de la viande de porc mort dans le village de Zhulin
près de la ville de Jiaxing (Stringer/Remerciements Reuters)

La semaine dernière, des milliers de porcs morts ont été découverts flottant sur la rivière Huangpu, qui fournit l'eau potable à la ville de Shanghai qui compte 23 millions d'habitants. En date de mardi soir (12 mars 2013), les employés ont récupéré près de 6 000 carcasses de la rivière. Les autorités municipales ont insisté pour dire que l'approvisionnement en eau de la ville n'a pas été contaminé, mais elles reconnaissent que les porcs morts ont été testés positifs pour le circovirus porcin (PCV) (qui provoque une maladie porcine parfois mortelle), ainsi que d'autres pathogènes, dont la fièvre aphteuse (ou FMD pour foot and mouth disease), la peste porcine et la maladie de l'oreille bleue. Les premières investigations ont également identifié Jiaxing, ville dans la province voisine du Zhejiang, comme étant à l'origine des porcs morts.

Cet incident à Shanghai est étrangement similaire à un récit de la Bible dans laquelle des démons sont entrés dans des pourceaux et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer : il y en avait environ deux mille, et ils se noyèrent dans la mer. Ici les porcs ne sont certainement pas noyés, de solides éléments peuvent être avancés selon lesquels des puissances indésirables, des services réglementaires insensibles et des villageois immoraux, sont en effet responsables de l'immersion de plusieurs milliers de porcs dans la rivière Huangpu.

Assurer un approvisionnement régulier en porcs à bas prix et en toute sécurité est un élément important de la sécurité des aliments de la Chine et c’est une contribution majeure à sa stabilité socio-économique. Le porc est la viande la plus produite et la plus consommée en Chine. Dans la seule année 2011, la Chine a produit plus de 50 millions de tonnes de viande de porc, ce qui représente près de la moitié de la production porcine dans le monde. En outre, Jiaxing est un fournisseur majeur de porc pour Hong Kong et Shanghai. En 2012, 7,78 millions de porcs ont été élevés annuellement dans la ville, ce qui est près d'un quart de tous les porcs élevés dans la province du Zhejiang. Le porc est si important que certaines plaisanteries disent que le CPI (Consumer Price Index ou indice des prix à la consommation) devrait être le China pork index ou l'indice du porc en Chine au lieu de l'indice des prix à la consommation. Selon un rapport publié par le journal local officiel, Jiaxing Daily, dans certaines zones, la surface totale de logements de porcs est plus grande que la surface totale habitable par les habitants. L'élevage de porcs avec de si fortes densités non seulement entraine un taux de pollution qui dépasse la capacité de charge de l'environnement, mais aussi facilite la transmission de pathogènes du porc. En effet, le Bureau du Commerce de la ville a noté dans un rapport qu'« un grand nombre de porcelets sont morts d'épidémies après le festival du printemps 2012. » Le journal local a également signalé de nombreux décès de porcs à Jiaxing depuis janvier 2013. De janvier à février, une moyenne de 300 porcs sont morts tous les jours. Normalement, les porcs qui sont morts de maladie ne sont pas vendus, mais enterrés. Cependant, cherchant à récupérer leurs pertes, certains éleveurs de porcs sans scrupules ont vendu ces carcasses problématiques dans des abattoirs, qui récupèrent la viande porc de ces carcasses. Entre janvier 2009 et novembre 2011, un abattoir de Jiaxing aurait transformé 77 000 porcs morts et les aurait vendus pour 8 650 000 yuans (1,4 millions d’euros).

Comme le commerce illicite de porcs morts malades est devenu endémique au cours des dernières années, le ministère de la sécurité publique a lancé une campagne nationale de répression contre des gangs impliqués dans la commercialisation des porcs malades. En une seule opération l'année dernière, la police a arrêté à Jiaxing 12 suspects et a confisqué près de 12 tonnes de viande de porc dangereuse. Au cours de la célébration de la Nouvelle Année Lunaire Chinoise en février, la police aurait intensifié ses efforts pour débarrasser le marché de la viande de porc contaminée. En l'absence de collaboration de la part d'autres ministères, toutefois, ces efforts bien intentionnés ont conduit à des résultats inattendus : les éleveurs ont tout simplement jeté un grand nombre de porcs morts invendables dans la rivière locale, qui se trouve être en amont de Shanghai.

Étant donné que ces crimes ont été commis après le scandale de la mélamine, on peut se demander pourquoi ces problèmes de sécurité des aliments se poursuivent sans relâche, malgré la réglementation gouvernementale qui a été resserrée. En effet, la loi sur la sécurité des aliments, qui est entrée en vigueur en 2009, vise à fournir une base juridique pour renforcer la réglementation de la sécurité des aliments « de la ligne de production à la table ». Pourtant, comme je l'avais indiqué dans mon récent livre, Governing Health in Contemporary China, la loi maintient un modèle de réglementation fragmentée avec des ministères de la santé, de la qualité, de l'agriculture, de la sécurité publique et de l'industrie et du commerce, tous ayant leur mot à dire dans la supervision des questions de sécurité des aliments. Cette structure réglementaire fragmentée exacerbe ce que j'appelle « la politique de se renvoyer la balle », qui non seulement rend la coordination et le partage d'informations difficiles, mais encourage aussi à se dérober et à se renvoyer la balle en application de la dite réglementation. Il a été dit sous forme plaisante en Chine que « six ministères ont été incapables de réglementer un cochon ».

Compte tenu du malaise dans la Chine de la politique de se renvoyer la balle, la récente décision de consolider les organes liées à la sécurité des aliments en une ‘General Administration of Food and Drug’ de niveau ministériel est une étape significative et importante vers la résolution du problème de fragmentation de la réglementation et créer ainsi une agence unique faisant autorité pour le contrôle de la sécurité des aliments. Mais comme ma collègue Liz C. Economy l’a indiqué dans son nouveau blog, la Chine ne dispose pas d’institutions d'appui (par exemple, des règles de droit et de responsabilité des fonctionnaires) pour réguler sa sécurité des aliments, sans laquelle la capacité régulatrice de la Chine est comme, pour citer le philosophe autrichien Otto Neurath, « il serait illusoire d'espérer rentrer en cale sèche pour réparer le navire : car il n'y a pas de port pour la civilisation ! il faut réparer, colmater les brèches, en haute mer, dans la tempête! »

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5 commentaires à “Les porcs morts de Shanghai, un échec de la réglementation sur la sécurité des aliments en Chine”

  1. pecquerie a dit :

    Bjr

    comme quoi les textes fondateur de nos civilisations ont un sens à etre connus et il faut entretenir cette connaissance dans nos jeunes generations comme le fait la religion musummane par sa methode d'implementation memorielle stricte de la connaissance du coran

    Par contre en l'occurrence pourquoi avoir condamné ces pauvres porcs ou cochongliers je suppose?

    La je m'interroge car qu'avaitent ils bien fait pour se voir condamner ainsi comme support , n'en pouvant mais des demons?

    Notre welfarisme actuel ne s'en accomoderait pas bien (joke)

    Par contre plus serieusement cela participe-t-il du mythe fondateur de l'exclusion du porc dans ces deux religions juive et musulmane?

    merci par avance

    F PECQUERIE

  2. a.amgar a dit :

    Je ne sais pas si cela y participe mais ce texte est issu du nouveau testament donc, cela n’a rien avoir avec le coran qui est plus tardif et avec l’anicen testament auquel se réfère la religion juive qui lui est bien plus antérieur. -aa

  3. pecquerie a dit :

    merci donc je ne saurais pas encore si d'autres peuvent apporter leurs savoirs FP

     

  4. Eric a dit :

    Merci pour cet article bien plus complet et agréable à lire que les reprises de dépêches afp que l’on peut trouver sur les sites des quotidiens nationaux.

  5. a.amgar a dit :

    C’est le rédacteur chinois et le site qu’il faut remercier -aa

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