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La résistance aux antibiotiques est-elle une réaction de l’intestin ?

16
déc
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Classé dans Curiosité, Environnement, Microbiologie, Santé.

fin_blog_7« La résistance aux antibiotiques est une réaction de l’intestin », source communiqué de l’Institute of Food Research du 16 Décembre 2014.

Des scientifiques de l’Institute of Food Research et de l’Université d’East Anglia ont découvert comment certaines bactéries intestinales peuvent se protéger et protéger autrui dans l’intestin des antibiotiques.

Les bactéries produisent des composés, appelés céphalosporinases, qui inactivent et détruisent certains antibiotiques tels que les dérivés de la pénicilline et les céphalosporines, se protéger elles-mêmes et les autres bactéries bénéfiques qui vivent à proximité. Cependant, elles peuvent aussi donner une protection de ces antibiotiques dirigés vers des bactéries dangereuses comme Salmonella.

B_thetaiotaomicron_300L’intestin est le foyer de centaines de milliards de milliards de bactéries, qui ont un rôle important dans le maintien de notre santé. Mais un effet secondaire de la prise d’antibiotiques est que ceux-ci peuvent également tuer certains de nos bactéries intestinales bénéfiques, permettant aux bactéries dangereuses de prendre pied et causer une infection. La sensibilité aux antibiotiques n’est pas uniforme chez les centaines d’espèces de bactéries qui colonisent notre intestin, et certaines des bactéries les plus courantes, Bacteroides, sont parmi les plus résistantes.

En scannant le génome des souches de Bacteroides qui vivent dans l’intestin, les chercheurs ont découvert des gènes qui produisent une enzyme appelée cephalospoprinase, qui détruit spécifiquement certains antibiotiques. Ils ont également montré que les céphalosporinases sont exportées hors des cellules bactériennes, attachées à la surface sous forme de bourgeons appelés vésicules de membrane externe (Outer Membrane Vesicles ou OMVs).

Les bactéries utilisent les OMVs pour distribuer des composés fabriqués à l’intérieur des cellules bactériennes pour le monde extérieur. Parmi ces composés qui sont dans les bourgeons, il y a les céphalosporinases qui peuvent aider à protéger d’autres bactéries qui sont dans le même environnement contre des antibiotiques tels que l’ampicilline. Ceci a été démontré par l’ajout d’OMVs contenant des céphalosporinases à des cultures contenant les bactéries de l’intestin sensibles à l’ampicilline, Bifidobacteria breve, qui les protégeait efficacement contre des concentrations élevées d’antibiotiques. Un test similaire a montré que Salmonella a été également protégé.

Référence. Cephalosporinases associated with outer membrane vesicles released by Bacteroides spp. protect gut pathogens and commensals against {beta}-lactam antibiotics, Regis Stentz et al, Journal of Antimicrobial Chemotherapy doi: 10.1093/jac/dku466.

NB : Photo de Bacteroides thetaiotamicron, des bactéries commensales de l’intestin.

Transmission et persistance du SARM associé aux élevages chez l’homme

13
déc
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Classé dans Contamination, Curiosité, Environnement, Microbiologie, Santé, Sécurité des aliments.

elevage_05Selon article récent publié dans la revue Applied and Environmental Microbiology,

« En 2013, un variant de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) associés aux élevages (SARM-AE ou Livestock Associated-MRSA pour LA- MRSA en anglais), a été isolé aux Pays-Bas, puis dans de nombreux autres pays. Le SARM-AE est considéré comme ayant un faible pouvoir de transmission et de persistance chez l’homme. Cependant, en prélevant des vétérinaires et leur famille pour la présence de S. aureus et en utilisant un typage à haute résolution (cartographie du génome entier), Bosch et al. ont montré que la transmission de SARM-AE entre les humains se produit. Ils ont aussi trouvé que chez les vétérinaires et leur famille, le portage de SARM-AE pourrait persister jusqu’à 14 mois. Ils concluent que SARM-AE peut poser potentiellement une plus grande menace pour la santé publique que ce qui avait été préalablement évalué.

Dans un résumé d’avis de l’EFSA, « Évaluation d’importance, du point de vue de la santé publique, de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) chez les animaux et dans les denrées alimentaires. Avis scientifique de groupe scientifique sur les risques biologiques (Question n°EFSA-Q-2008-300) Adopté le 5 mars 2009 », il est indiqué,

Concernant la question de la nature du risque pour la santé humaine que posent les SARM associés aux animaux producteurs de denrées alimentaires, le groupe scientifique a conclu ce qui suit :

Les SARM associés aux élevages (SARM-AE) ne représentent qu’une petite partie du nombre total des rapports faisant état d’infections par des SARM dans l’Union européenne (UE). Toutefois, cette proportion varie entre États membres. Dans certains pays présentant une faible prévalence d’infections humaines par des SARM, CC398 contribue pour une part important à la charge globale en SARM. Dans les pays à forte prévalence globale de SARM chez l’homme, CC398 est considéré comme ayant une importance moindre sur la santé publique. Des associations, bien que rares, ont été signalées entre CC398 et des infections profondes de la peau et des tissus mous, des pneumonies et des septicémies chez l’homme. Alors que la prévalence de CC398 est élevée chez les animaux producteurs de denrées alimentaires, les personnes en contact avec ces animaux vivants (en particulier les éleveurs et les vétérinaires, ainsi que leur famille) sont exposés à un risque de colonisation et d’infection plus élevé que la population générale. Le risque pour la santé humaine que présentent différents niveaux (réponse en fonction de la dose) de charge en SARM chez les animaux porteurs sains (et dans l’environnement) n’est pas connu.

En Suisse, dans un document de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) sur SARM : fiche d’information, il est indiqué :

Quels sont les facteurs de risque de colonisation par des SARM associés aux animaux de rente ?

Le principal facteur de risque est un contact direct fréquent avec des animaux de rente colonisés. Dans les pays où des SARM sont souvent détectés chez les porcs, les veaux ou les volailles, une colonisation par des SARM associés aux animaux de rente est aussi fréquemment observée chez les personnes en contact avec ces animaux de rente dans leur profession. Dans ces pays, des cas isolés de colonisation ont également été constatés chez des personnes qui avaient uniquement des contacts indirects avec des animaux de rente (lors de visites fréquentes dans des élevages d’animaux de rente ou parce qu’ils vivent dans le même foyer que des personnes qui ont des contacts avec des animaux de rente dans leur profession, par exemple).
La colonisation par ces germes n’est pas pathogène et les SARM cessent en général d’être détectés dès lors que les personnes concernées cessent d’être en contact avec les animaux pendant quelques jours.

Commentaires : Il apparaît que cette publication apporte un éclairage nouveau sur la transmission documentée à l’homme de l’antibiorésistance d’origine animale

Les dernières données sur la résistance aux antibiotiques dans l’Union européenne

2
déc
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Classé dans Curiosité, Environnement, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

L’ECDC a publié le 17 novembre 2014, le Résumé des dernières données sur la résistance aux antibiotiques dans l’Union européenne. Un rapport complet est disponible ici.

Antibiotic-pill-300x200Extraits du résumé.

  • La résistance aux antibiotiques est une menace sérieuse pour la santé publique en Europe, conduisant à des coûts accrus des soins de santé, des hospitalisations prolongées, des échecs thérapeutiques et parfois la mort.
  • Au cours des quatre dernières années (2010-2013), les pourcentages de K. pneumoniae résistantes aux fluoroquinolones, aux céphalosporines de troisième génération et aux aminoglycosides, ainsi que la résistance combinée aux trois groupes d’antibiotiques a augmenté de façon significative au niveau l’UE/EEE.
  • Pendant la même période, la résistance aux céphalosporines de troisième génération a considérablement augmenté au niveau l’UE/EEE chez E. coli.
  • Les carbapénèmes sont un important groupe d’antibiotiques de dernière intention pour le traitement des infections impliquant des bactéries Gram négatif multirésistantes aux antibiotiques telles K. pneumoniae et E. coli. Bien que la résistance aux carbapénèmes reste à des niveaux relativement bas pour la plupart des pays, l’augmentation significative du pourcentage moyen pondéré de la résistance aux carbapénèmes chez K. pneumoniae dans la population de l’UE/EEE est une cause de grave préoccupation et une menace pour la sécurité des patients en Europe.
  • Dans les pays ayant des taux élevés de résistance à plusieurs médicaments, la résistance aux carbapénèmes, seules quelques options thérapeutiques sont disponibles, parmi lesquelles il y a les polymyxines. Dans ces pays, la présence de la résistance aux polymyxines est un avertissement important pour le traitement de patients infectés par des options ne sont de plus en plus limitées.
  • Pour la deuxième année consécutive, les données de résistance aux antibiotiques pour les Acinetobacter sont disponibles à travers EARS-Net. Les données de 2013 montrent de grandes variations entre les pays d’Europe. Des pourcentages élevés (> 25%) des isolats résistants à la fois aux fluoroquinolones, aminoglycosides et carbapénèmes ont été signalés en Europe méridionale et dans le sud-est de Europe
  • Le pourcentage de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) a montré une tendance significative à la baisse au niveau l’UE/EEE pour la période 2010-2013, mais la baisse est moins prononcée par rapport à la période des quatre années précédentes. Bien que la tendance à la diminution continue au niveau de l’UE/EEE donne des raisons d’être optimiste, le SARM reste un problème de santé publique en Europe. En 2013 le pourcentage de moyen pondéré de la population avec des SARM dans l’UE / EEE est resté élevé, et sept des 30 pays déclarants ont eu des pourcentages de SARM au-dessus de 25%.
  • L’utilisation prudente des antibiotiques et des stratégies de lutte contre les infections ciblant tous les secteurs de la santé (hôpitaux de soins de courte durée, établissements de soins de longue durée et soins ambulatoires) sont les pierres angulaires pour des interventions efficaces pour prévenir la sélection et la prévention et de la transmission de bactéries résistantes aux antibiotiques.

NB : On lira aussi :

L’émergence et la diffusion de bactéries multi-résistantes aux antibiotiques est un phénomène complexe, évolutif et inquiétant, pouvant entrainer de grandes difficultés de prise en charge pour les patients, avec des situations d’impasse thérapeutique, et menacer les avancées de la médecine moderne.
Si des progrès ont été observés dans la diffusion de certaines bactéries résistantes (staphylocoques résistants à la méticilline, pneumocoques résistants à la pénicilline, etc.), la situation s’aggrave en revanche pour d’autres : entérobactéries avec la diffusion croissante de souches productrices de bêta-lactamases à spectre étendu et l’émergence de souches productrices de carbapénémases.

Etats-Unis : L’étiquetage bio ou sans antibiotiques des poulets n’a pas d’incidence sur la présence de pathogènes entériques et de Escherichia coli résistants aux antibiotiques

19
nov
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Classé dans Campylobacter, Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Environnement, Microbiologie, Salmonella, Santé, Sécurité des aliments, Volaille.

05CHIC-tmagArticleRésumé.

Nous avons étudié les bienfaits implicites pour la santé de poitrines de poulet vendu chez les distributeurs étiquetés comme « bio » ou « sans antibiotiques » par rapport aux produits conventionnels basés sur la fréquence de la contamination par Salmonella spp., Campylobacter spp. et les coliformes résistants aux fluoroquinolones, aux céphalosporines à spectre étendu ou aux carbapénèmes. Nous avons acheté 231 poitrines de poulet préemballées de 99 magasins représentant 17 chaînes de vente dans l’Ohio, le Michigan et la Pennsylvanie de juin à septembre 2012. Quatre-vingt-six produits (41,5%) étaient étiquetés « sans antibiotiques » et 40 produits (17,3%) étaient étiquetés « bio », avec les 95 restants (41,1%) n’avaient aucune allégation sur l’étiquetage. Salmonella a été rétrouvé dans 56 produits (24,2%) et le taux de récupération n’a pas été différent entre les différents types de produits. Cinq pour cent des produits contenaient Salmonella hébergeant le gène blaCMY-2 de résistance aux céphalosporines à spectre étendu, représentant 21,4% des isolats de Salmonella. Campylobacter spp. a été retrouvé chez 10,8% des produits, avec des taux observés de récupération semblables pour les trois types de produits. En utilisant des milieux sélectifs, nous avons récupéré Escherichia coli hébergeant blaCMY-2 dans plus de la moitié des produits (53,7%) avec des taux de récupération semblables pour tous les types de produits. En outre, nous avons récupéré E. coli hébergeant blaCTX-M (gène de résistance aux beta-lactamines) de 6,9% des produits, et E. coli avec des mutations QRDR (pour Quinlone Resistance-Determining Region ou régions déterminant la résistance aux quinolones) dans 8,2% des produits. Les E. coli résistants aux fluoroquinolones obtenus en utilisant des milieux sélectifs ont été plus fréquents (p < 0,05) chez les produits conventionnel (18,9%) par rapport aux produits bio (0) et aux produits sans antibiotiques (2,1%). Nos résultats indiquent que, indépendamment du type de produit, les poitrines de poulet réfrigérées vendus en distribution sont souvent contaminées par des pathogènes entériques associés à des maladies d’origine alimentaire et des bactéries commensales hébergeant des gènes conférant une résistance aux antimicrobiens d’importance critique.

Mollenkopf Dixie F., Cenera Johana K., Bryant Erin M., King Christy A., Kashoma Isaac, Kumar Anand, Funk Julie A., Rajashekara Gireesh, and Wittum Thomas E. Organic or Antibiotic-Free Labeling Does Not Impact the Recovery of Enteric Pathogens and Antimicrobial-Resistant Escherichia coli from Fresh Retail Chicken. Foodborne Pathogens and Disease. ahead of print. doi:10.1089/fpd.2014.1808.

NB : On lira aussi Etats-Unis : Des bactéries résistantes aux antibiotiques retrouvées chez des poulets cashers, des poulets bio et des poulets élevés sans antibiotiques !, Des pathogènes résistants aux antibiotiques persistent chez le porc élevé sans antibiotiques et Le porc sans antibiotique, marketing ou sécurité des aliments ?

Inscrire les antibiotiques au patrimoine mondial de l’UNESCO

18
nov
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Classé dans Curiosité, Santé.

Antibiotic-pill-300x200Inscrire Les Antibiotiques Au Patrimoine Mondial De L’UNESCO, paru le lundi 17 novembre 2014 sur le site AC2BMR

La résistance aux antibiotiques augmente partout dans le monde, et représente une menace considérable pour la santé. Les antibiotiques sont un bien commun et universel, un trésor qu’il faut protéger de toute urgence. Ceci est du devoir de chacun. Nous avons l’intention de demander à l’UNESCO d’inscrire les antibiotiques sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Cela aurait un effet médiatique importante au niveau mondial, et aiderait à prendre conscience de l’urgence de s’attaquer à la résistance aux antibiotiques. Cette action de l’UNESCO permettrait de généraliser les mesures de bon usage des antibiotiques, en médecine humaine comme en médecine vétérinaire. Cela contribuerait à préserver l’efficacité des antibiotiques encore disponible au cours des prochaines années, en raison d’avancées scientifiques lentes, et en l’absence de nouveaux antibiotiques attendus dans un avenir proche.
Nous souhaitons, à travers ce document, motiver les politiciens de nombreux pays, dont la France, et exiger leur aide à convaincre l’UNESCO d’inclure les antibiotiques sur la liste du patrimoine mondial.
Pierre Dellamonica, Maladies infectieuses, Nice, France.
Jean Carlet, président de l’Alliance mondiale contre la résistance aux antibiotiques (WAAAR)

Lire aussi Résistance Aux Antibiotiques : Un Problème De Santé Publique Dramatique