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Différentes souches bactériennes résistantes de E. coli peuvent se protéger mutuellement

25
mai
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Classé dans Contamination, Curiosité, E. coli, Environnement, Santé, Sécurité des aliments.

« Différentes souches résistantes de E. coli peuvent se protéger mutuellement », source CIDRAP News.

Deux souches de bactéries résistantes à différents antibiotiques peuvent se protéger mutuellement dans un environnement où les antibiotiques sont présents, selon la première étude expérimentale de protection microbienne croisée publiée la semaine dernière dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

bob-carol-ted-alice-300x169Les chercheurs du département de physique du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont exploré le potentiel du mutualisme – une interaction qui profite à deux espèces différentes – sur deux souches de Escherichia coli, dont l’une était résistante à l’ampicilline et l’autre résistante au chloramphénicol.

Bien que le type de mutualisme connu comme une protection croisée, dans lesquelles des espèces dépendent les unes des autres pour survivre dans un environnement difficile, ait été observé chez des animaux plus grands, cela n’avait pas été encore observé expérimentalement chez des populations bactériennes, ont noté les auteurs.

La protection croisée chez E. coli résistant aux antibiotiques dépend d’une multitude de facteurs, dont des caractéristiques de chaque souche résistante, la présence et la quantité d’antibiotiques, la dilution et l’oscillation de l’abondance de la population bactérienne et l’invasion par d’autres bactéries.

Le rôle de l’enzyme de désactivation

Les souches de E. coli expriment une résistance aux antibiotiques en produisant des enzymes défensives qui détruisent le médicament. Les souches résistantes peuvent souvent protéger des pathogènes sensibles aux antibiotiques grâce à l’enzyme de désactivation si elles sont en mesure d’éliminer rapidement l’antimicrobien de l’environnement, selon les auteurs.

Au cours d’une expérience de 10 jours, les chercheurs ont exposé une souche de E. coli résistante à l’ampicilline et une souche de E. coli résistante au chloramphénicol à des concentrations mélangées d’antibiotiques qui auraient tué chaque souche seuls. E. coli résistant à l’ampicilline ne peut pas survivre seul à une concentration supérieure à 2,2 µg/mL, et une souche résistante au chloramphénicol sera détruite si exposée à 2 µg/mL d’ampicilline.

Même lorsque les populations bactériennes ont été diluées chaque jour par le transfert de 1% des colonies dans un nouveau tube à essai contenant des antibiotiques, les souches ont été capables de se protéger mutuellement contre les concentrations d’antibiotiques quatre fois plus élevées que des quantités létales pour une souche seule.

« Une co-culture des deux souches peuvent survivre au-dessus des concentrations auxquelles les souches individuelles survivent seules, indiquant que les deux populations forment un mutualisme obligatoire », écrivent les auteurs.

Oscillation et effondrement

Un facteur clé de protection croisée entre les deux souches bactériennes résistantes a la capacité dans chaque population d’osciller en taille lors de la dilution quotidienne dans une solution contenant de l’ampicilline et du chloramphénicol. Des cycles d’oscillation ont duré 3 jours et ont impliqué des changements massifs dans le pourcentage de chaque souche tandis que la taille totale de la population bactérienne est restée stable.

Au cours d’un cycle d’oscillation de 3 jours, la souche résistante à l’ampicilline a augmenté en abondance car elle a désactivé l’antibiotique. Cette activité a permis à la souche résistante au chloramphénicol de croître, enlevant le chloramphénicol de l’environnement, jusqu’à ce que la souche résistante à l’ampicilline puisse augmenter de nouveau, poursuivant ainsi un cycle dans lequel les souches sont protégées et dépassées les unes envers les autres en abondance. Les populations varient jusqu’à 1000% par rapport sur 3 jours durant, ont dit les auteurs.

Des oscillations en abondance ont eu lieu en raison de la dilution quotidienne dans un environnement riche en antibiotiques et ne sont pas liés aux taux de croissance naturelle de chaque souche, a dit l’auteur. L’effet de protection croisée réalisée par les oscillations semble stable, avec des changements dans la croissance de chaque souche et une proportion relative probable étant durable au fil du temps.

« Parce que ces oscillations se sont produites au cours d’une période (3 jours) plus longue que la période de la dilution quotidienne (1 jour), ils ne sont pas une conséquence triviale du cycle quotidien de dilution-croissance », ont dit les auteurs.

Les cycles d’oscillation devaient être équilibrés avec précision pour éviter l’effondrement total de l’interaction de protection croisée. À des concentrations de chloramphénicol de 7,6 µg/mL, les deux populations bactériennes ont eu des oscillations stables et ont coexisté. Lorsqu’elles sont exposées à des taux de 17,1 µg de chloramphénicol/mL, cependant, les oscillations devient erratiques, le cycle durable de 3 jours a été perdu et l’interaction s’est effondrée, la probabilité de ce qui a augmenté à des concentrations de chloramphénicol est de 38,4 µg/mL.

Une dilution fréquente de faibles concentrations de bactéries dans des milieux contenant 10 µg/mL d’ampicilline et 5,1 µg/mL de chloramphenicol a permis aux populations bactériennes pour former une relation protectrice croisée stable.

« Dans une expérience de culture continue dans laquelle les antibiotiques sont ajoutés en continu (et les cellules retirées en continu), il n’y aura pas d’oscillations dans l’abondance des populations, et alors le rapport entre les deux souches devrait approcher un équilibre stable », ont écrit les auteurs.

e_coli-eraxion-istockDouble résistance à l’invasion

L’introduction d’une souche individuelle de E. coli résistante aux deux antibiotiques a également causé le comportement de protection croisée à l’effondrement, ont dit les auteurs.

Lorsque les chercheurs ont ajouté un petit nombre de cellules de E. coli résistant à deux antibiotiques aux dilutions du début du septième cycle de croissance, la souche ayant cette double résistance a déplacé E. coli résistant à l’ampicilline et a coexisté avec la souche résistante au chloramphénicol dans une solution contenant des concentrations d’ampicilline à 10 µg/mL et de chloramphénicol à 7,5 µg/mL.

« Une souche avec une double résistante peut envahir le mutualisme et en faire en sorte que les oscillations disparaissent, ce qui montre que l’existence des oscillations dépend de la façon dont la résistance est allouée dans la population microbienne », ont déclaré les auteurs.

En l’absence d’une invasion microbienne multi-résistante, le transfert horizontal de gènes dans la co-culture avec protection croisée pourrait créer une souche mutante avec une double résistance, ont dit les auteurs. En outre, « la nature coopérative de la désactivation des antibiotiques pourrait permettre à une souche sensible d’utiliser les deux symbiotes pour la protection. »

Implications pour l’infection et la résistance

Parce que la protection croisée arrive souvent comme une stratégie pour permettre la survie dans un environnement difficile, une meilleure compréhension est nécessaire à la fois pour l’environnement et la dynamique des populations microbiennes, comprenant le rôle des oscillations dans la souche en abondance, en vertu de laquelle le comportement mutualiste permet la résilience bactérienne en présence d’antibiotiques. Les auteurs notent que peu de connaissances sont disponible sur le rôle et la cause des oscillations dans la stabilisation de l’abondance de la population alors même qu’elles sont plus facilement observables chez d’autres organismes, comme le lynx du Canada et le lièvre d’Amérique.

Beaucoup de relations de protection croisée sont le résultat de la co-évolution des deux organismes dans le même environnement, bien que ce ne soit pas le cas avec des souches de E. coli. On pense que le comportement mutualiste dans ce cas est apparu suite à une exposition aux antibiotiques, selon les auteurs.

« Soit une interaction est coopérative ou soit elle est compétitive peut dépendre de l’environnement », ont écrit les auteurs, ajoutant que l’exposition à des souches de protection croisée aux antibiotiques peut alimenter le développement de la multirésistance aux antibiotiques en achetant du temps pour une adaptation évolutive ultérieure.

NB : traduction par mes soins. -aa

40 milliards de dollars pour lutter contre la résistance aux antibiotiques seraient nécessaires, selon un rapport britannique

21
mai
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Hygiène, Microbiologie, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

« Le rapport d’un groupe britannique demande à 40 milliards de dollars pour lutter contre la résistance aux antibiotiques », source CIDRAP News.

Un rapport de l’UK Review on Antimicrobial Resistance (AMR) appelle à 10 interventions au niveau mondial pour répondre à l’utilisation abusive des antibiotiques et accroître les investissements dans de nouveaux médicaments et des thérapies alternatives qui auront un coût estimé de 40 milliards de dollars.

pills_with_moneyLe rapport, « Tackling Drug-Resistant Infections Globally: Final Report and Recommendations » ou « Lutte contre les infections résistantes aux antibiotiques à l’échelle mondiale : rapport final et recommandations », estime que les décès annuels attribuables aux infections résistantes aux antibiotiques vont augmenter à partir du des 700 000 actuellement à 10 millions d’ici 2050, si des mesures pour lutter contre la résistance aux antibiotiques ne sont pas prises immédiatement.

Le rapport indépendant sur la résistance des bactéries aux antibiotiques, qui a été commandé par le gouvernement britannique et le Wellcome Trust et présidé par l’économiste Jim O’Neill, secrétaire au trésor du Royaume-Uni, recommande dix interventions pour endiguer la demande pour les antibiotiques, tout en encourageant la recherche sur les traitements et les diagnostics qui répondent aux besoins médicaux cruciaux.

Les sept recommandations visant à réduire l’utilisation inutile des antimicrobiens sont :

  • Développer une campagne publique de sensibilisation mondiale
  • Amélioration de l’assainissement et la qualité de l’eau
  • Réglementer l’utilisation agricole des antibiotiques
  • Intensifier la surveillance de l’utilisation des antimicrobiens et des infections résistantes
  • Investir dans les méthodes de diagnostic rapide
  • Augmentation l’utilisation de vaccins disponibles et des thérapies alternatives
  • Attirer davantage de professionnels vers les domaines de la microbiologie et des maladies infectieuses

Les auteurs du rapport sur l’AMR ont également dit que la mise en œuvre d’un fonds mondial de l’innovation pour les traitements qui peuvent ne pas être commercialement attractifs et l’introduction d’incitations à investir dans les nouveaux antimicrobiens et l’amélioration des antimicrobiens sont deux étapes nécessaires pour accroître la fourniture d’antibiotiques efficaces.

La dixième recommandation, et la plus globale, faite par le rapport sur l’AMR appelle les Nations-Unies (ONU) et le G20 à former une coalition mondiale dédiée au pilotage des antibiotiques. Les auteurs du rapport estiment que les 10 programmes coûteront 40 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années, une fraction des quelque 100 milliards de milliards de dollars perdue de la production mondiale en raison des infections résistantes aux médicaments qui sont prévues de se produire d’ici 2050.

Sensibilisation du public, soins préventifs

Les efforts pour enrayer l’utilisation inutile, gaspillée et souvent néfastes des antibiotiques critiques exigent d’éduquer le public sur l’utilisation appropriée des antimicrobiens, la prévention des infections pour lesquelles les antibiotiques sont prescrits, et le développement de tests de diagnostic qui peuvent éclairer le traitement pharmaceutique sur mesure, selon les auteurs.

La participation du public dans la diminution de la demande des antimicrobiens devrait être encouragée par le biais d’une campagne de sensibilisation publique mondiale, qui pourrait être financé par le mécénat d’entreprise lors de grands événements, le budget de la santé publique des pays à revenu élevé, et le soutien de programmes institutionnels dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ont dit les auteurs. Le public et les cliniciens doivent prendre conscience que l’utilisation d’antibiotiques appropriée devrait être soutenue par des normes pour un étiquetage clair des antibiotiques critiques et la restriction de la vente libre et sur Internet des produits antimicrobiens.

Les pays en développement assument actuellement une grande partie de la charge de la résistance croissante aux antibiotiques, et ensemble le traitement approprié et inapproprié des médicaments pourraient être évités par la prévention des infections virales, bactériennes et fongiques, ont écrit les experts.

« Les bases de la santé propre publique – de l’eau propre, une bonne hygiène et un bon nettoyage-désinfection et la prévention, la maîtrise et la surveillance des infections, sont aussi essentielles pour réduire l’impact de la résistance aux antimicrobiens comme elles le sont pour la maîtrise des maladies infectieuses », a déclaré Keiji Fukuda, représentant spécial du directeur général de l’AMR à l’Organisation mondiale de la santé et contributeur du rapport.

« Des mesures de maîtrise des infections dans les pays en développement impliquent la prévention vis-à-vis des maladies diarrhéiques, qui se traduit par l’utilisation annuelle de près de 500 millions de cours sur les antibiotiques dans quatre pays (Inde, Indonésie, Nigeria et Brésil), un nombre qui a amélioré la qualité de l’eau et de l’assainissement pourrait être réduit de 60% », selon le rapport.

Les infections nosocomiales sont l’un des principaux problèmes de la maîtrise des infections auxquels sont confrontés les pays développés, avec jusqu’à 10% de tous les patients hospitalisés contractant une infection, un taux qui monte à 33% pour tous les patients d’unités de soins intensifs. Partout dans le monde, une action clé pour prévenir les infections pour lesquelles les antibiotiques sont utilisés est le lavage simple et fréquent des mains, ont dit les auteurs.

L’utilisation agricole, le ruissellement environnemental

Aux États-Unis, plus de 70% des antibiotiques importants pour des besoins médicaux chez l’homme sont vendus pour une utilisation chez les animaux, ont dit les auteurs, et la responsabilité de résoudre ce problème doit être pris en charge par les pays du G20, qui produisent 80% des produits de viande mondiaux, note le rapport.

Les auteurs recommandent le développement d’ici à 2018 des objectifs mondiaux de 10 ans pour réduire l’utilisation des antibiotiques chez les animaux d’élevage, avec une surveillance accrue de l’utilisation des antimicrobiens et des pratiques d’élevage. En outre, l’utilisation agricole des antibiotiques de dernière intention qui traitent les infections critiques chez l’homme doit être arrêté d’urgence, et les producteurs d’aliments devraient être tenus de donner des informations aux consommateurs sur l’utilisation des antibiotiques chez les animaux.

La réduction agricole de l’utilisation des antimicrobiens exigera des pays pour réduire les coûts associés à la transition des agriculteurs à des pratiques durables de croissance des animaux et de prévention des maladies et développer des listes normalisées d’antibiotiques qui devraient être réservés à un usage médical humain, ont dit les auteurs. Les gouvernements devraient également développer des systèmes nationaux de surveillance pour surveiller la consommation d’antibiotiques et la résistance chez les personnes et les animaux.

Une question connexe concerne les émissions et la pollution de l’approvisionnement en eau causées par les fabricants de composés actifs pharmaceutiques. Les services réglementaires nationaux doivent fixer des normes minimales pour le traitement et le déversement de déchets ayant des propriétés antimicrobiennes et encourager des normes environnementales plus élevées dans l’industrie pharmaceutique, ont dit les auteurs. Le rapport sur l’AMR estime que traiter ce problème croissant des antibiotiques dans la fourniture d’eau va coûter 180 millions de dollars par an pour traiter 30 000 à 70 000 tonnes de déchets antimicrobiens.

Développer la recherche pas assez financée

Une question importante affectant la surprescription d’antibiotiques pour des infections non-bactériennes ou de maladies bactériennes où le traitement antimicrobien est mal avisé est le manque de tests de diagnostic rapide. Aux États-Unis seulement, 27 millions des 40 millions de personnes en quête de soins pour des problèmes respiratoires chaque année reçoivent une prescription inutile d’antibiotiques, ou près de 70%, selon les auteurs.

Le développement de nouvelles technologies de diagnostic pourrait être stimulée dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire par un stimulus commercialement viable sur le marché qui offre des incitations pour les achats de diagnostic et encourage la recherche sur les méthodes de test rapide et précis. Les pays riches devraient exiger que toutes les ordonnances d’antibiotiques soient faites après un résultat de test, ont dit les auteurs.

Bien que l’introduction de nouveaux tests coûterait 500 000 millions à 1milliard de dollars par an, les auteurs disent que le diagnostic rapide pourrait avoir des résultats sur la résistance aux antibiotiques similaires aux effets monumentaux réalisés par l’amélioration de la couverture vaccinale mondiale au début des années 2000 de Gavi, l’Alliance du vaccin.

En plus des avantages offerts par des diagnostics rapides et/ou au niveau des centres de soins, les vaccins et le traitement alternatif pour les infections bactériennes pourraient être utilisées plus largement, ont dit les auteurs. Le rapport sur l’AMR note que la couverture universelle des vaccins conjugués contre le pneumocoque pourrait réduire de 47% la quantité d’antibiotiques prescrits pour une pneumonie causée par Streptococcus pneumoniae.

Les agences nationales devraient également encourager la recherche à un stade précoce sur les thérapies alternatives (non-antibiotiques) qui ciblent les bactéries pathogènes. Les traitements prometteurs comprennent la thérapie par les phages (virus qui tuent les bactéries), la thérapie enzymatique avec la lysine, les anticorps qui limitent la pathogénicité des bactéries, la stimulation immunitaire et le traitement par des peptides, ont dit les auteurs.

Un problème lié à l’amélioration des soins et le traitement clinique est lié à la pénurie mondiale de microbiologistes et de cliniciens spécialisés dans les maladies infectieuses. Le rapport a révélé que les médecins en maladies infectieuses aux États-Unis ont reçu des salaires inférieurs par rapport aux 24 autres spécialités médicales.

Si les hôpitaux, les laboratoires, les gouvernements et l’industrie privé veulent faire des progrès dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, ils doivent récompenser les professionnels qui se focalisent sur les antibiotiques et la recherche avec des salaires plus élevés, des incitations éducatives et le prestige, ont dit les auteurs.

Dans un commentaire paru dans The Lancet Infectious Diseases, Laura J.V. Piddock, de l’Institut de microbiologie et des maladies infectieuses à l’Université Birmingham au Royaume-Uni, a écrit que les professionnels entrant en microbiologie et dans la recherche sur les maladies infectieuses ont subi les effets du sous-financement depuis des années, conduisant à un épuisement des compétences dans des domaines clés de la recherche. Le manque d’investissement se traduit par des difficultés à avoir des médicaments en évolution qui traitent des infections résistantes, telles que celles causées par des bactéries Gram négatifs, du laboratoire aux établissements de santé.

« Les travaux de l’équipe de l’AMR rendent éminemment clairs que globalement la crise de la résistance aux antimicrobien éclipse les récentes menaces de plusieurs ordres de grandeur », a déclaré Piddock.

Accroître l’offre des antibiotiques

L’utilisation d’antibiotiques inapproprié et inutile contribue de manière significative à la résistance, soulignent les experts, mais pour les nombreux antibiotiques qui cessent de traiter des infections efficacement, peu existe pour prendre leur place. Les auteurs du rapport sur l’AMR avertissent que si aucun nouveau médicament n’est développé sur les infections résistantes d’ici 2050, nous allons revenir à une époque où même les procédures de soins de santé les plus courants seront entreprises avec de grands risques.

L’attention mondiale s’est tournée récemment vers ce besoin urgent, avec 375 millions de dollars pour la surveillance des infections résistantes aux antibiotiques dans les pays à faible revenu et à revenu moyen consacré l’année dernière par Fleming Fund au Royaume-Uni, 144 millions de dollars au total versé par le Royaume-Uni et la Chine pour lancer une recherche dans de nouveaux médicaments et des diagnostics, des initiatives européennes pour le développement d’antibiotiques novateurs, et des efforts des États-Unis de la part de la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA).

En dépit de ces programmes en cours, le développement de nouveaux antibiotiques et des usages innovants pour les anciens médicaments reste sous-financé, commercialement non viable et sans attrait pour les investisseurs, ont dit les auteurs. Sur les 40 milliards de dollars de ventes annuelles d’antibiotiques à l’échelle mondiale, seuls 4,7 milliards de dollars va vers des médicaments brevetés. Pour résoudre ce problème, le rapport propose un fonds d’innovation mondiale de 2 milliards de dollars dans la recherche et le développement de nouveaux antimicrobiens à un stade précoce au cours des 5 prochaines années.

En plus d’un fonds mondial, le rapport demande que les gouvernements créent des incitations pour le développement de nouveaux médicaments, dont l’accès au marché de récompenses d’environ 1 milliard de dollars par médicament, avec un accent vers des traitements innovants pour les infections résistantes causées par la tuberculose, la gonorrhée et les bactéries Gram négatifs, ont dit les auteurs. Idéalement, les fabricants seraient poussés à développer 15 nouveaux antibiotiques chaque décennie, avec au moins 4 médicaments qui ciblent les bactéries qui menacent le plus médicalement.

La coordination mondiale, l’investissement

Les auteurs recommandent que l’ONU et le G20 construisent une coalition mondiale afin de consacrer des fonds et une attention réglementaire aux initiatives recommandées dans le rapport. Ils ont dit que les étapes les plus cruciales sont de développer une campagne mondiale de sensibilisation du public, la création de récompenses l’entrée de nouveaux médicaments sur le marché, de stimuler le développement de meilleurs diagnostics et de réduire l’utilisation d’antibiotiques en agriculture.

« Ce qui est certain est qu’aucun pays ne peut résoudre le problème des bactéries résistantes aux antibiotiques lui-même et plusieurs de nos solutions proposées doit requérir au moins une masse critique de pays derrière eux, si l’on veut faire une différence », selon les auteurs.

Le budget de 40 milliards de dollars proposé se décompose en 16 milliards de dollars pour la recherche et le financement du développement de nouveaux médicaments au cours des 10 prochaines années, 2 milliards dollars alloués à un Fonds mondial d’innovation sur 5 ans, 1 milliard à 2 milliards de dollars consacré à de nouveaux diagnostics et des vaccins chaque année, et de 40 millions à 100 de dollars par an consacrés à la sensibilisation et à l’éducation du public.

Les méthodes recommandées pour répondre aux besoins économiques comprennent l’imposition d’une taxe sur les sociétés pharmaceutiques qui ne parviennent pas à investir dans le développement des antibiotiques, une taxation des antimicrobiens ou la distribution de bonus pour récompenser les efforts novateurs en recherche.

Bien que les coûts pour faire face à la résistance aux antimicrobiens est de plus en plus importante et que les interventions représentent des changements importants dans les pratiques agricoles, médicales et industrielles des pays, une action immédiate est nécessaire, ont dit les auteurs, ajoutant : « En 2050, le nombre de décès pourrait atteindre le chiffre énorme d’une personne toutes les trois secondes, si on ne s’attaque pas à la résistance aux antimicrobiens aujourd’hui. »

« La lutte contre la résistance aux antibiotiques est au cœur du développement économique à long terme des pays et notre bien-être. Des solutions pour y faire face doivent concernées au premier lieu les centres de santé et ils doivent nous aider à faire cesser de gaspiller des médicaments dont nous dépendons et qui sont pourtant épuisables », disent les auteurs.

Des scientifiques de l’Institut Sligo font une nouvelle découverte dans la lutte contre les superbactéries 

22
avr
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Hygiène, Santé, Sécurité des aliments.

« Des scientifiques de Sligo font une nouvelle découverte dans la lutte contre les superbactéries », source communiqué de It Sligo du 21 avril 2016.

Une nouvelle découverte pourrait maîtriser la propagation de superbactéries mortelles résistantes aux antibiotiques dont les experts craignent qu’elles sont en bonne voie pour tuer 10 millions de personnes chaque année d’ici à 2050, plus que de décéder d’un cancer.

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Le professeur Suresh C. Pillai a dirigé l’équipe de scientifiques qui a fait la nouvelle percée, visant à maîtriser la propagation de superbactéries  mortelles résistantes aux antibiotiquesbab

Une équipe de scientifiques, dirigée par le professeur Suresh C. Pillai de l’Institue of Technology Sligo (IT Sligo), a fait une percée significative qui permettra à des objets du quotidien – des smartphones aux poignées de porte – d’être protégés contre des bactéries mortelles, dont le SARM et E. coli.

La recherche a été publié aujourd’hui dans Scientific Reports, une revue scientifique internationale du groupe de publications Nature.

La nouvelle découverte intervient quelques jours après que George Osborne, le chancelier britannique de l’Echiquier, ait averti que les superbactéries pourraient devenir plus mortelles que le cancer et sont en voie de tuer 10 millions de personnes dans le monde d’ici 2050.

Parlant au Fonds monétaire international (FMI) à Washington, M. Osborne a averti que le problème réduirait le PIB mondial d’environ 100 milliards de milliards d’euros s’il n’était pas maîtrise.

En utilisant de la nanotechnologie, la découverte est une solution antimicrobienne efficace et pratique – un agent qui tue les micro-organismes ou inhibe leur croissance – qui peut être utilisé pour protéger une gamme d’articles de tous les jours.

Les items comprennent quoi que ce soit fabriqué à partir du verre, du métal et de la céramique, y compris les écrans d’ordinateur ou des tablettes, smartphones, guichets automatiques, poignées de porte, téléviseurs, rampes, ascenseurs, urinoirs, sièges de toilettes, réfrigérateur, micro-ondes et sols ou des carreaux des murs en céramique.

Cela sera particulièrement utile dans les hôpitaux et les services de santé qui sont en train de perdre la bataille contre la propagation des superbactéries tueuses.

D’autres utilisations courantes comprendraient les piscines et les bâtiments publics, le verre dans les autobus publics et les trains, les vitres des rayons des supermarchés et des restaurants protégeant les aliments ainsi que les salles blanches dans le secteur médical.

La découverte est l’aboutissement de près de 12 années de recherche par une équipe de scientifiques, dirigée par le professeur Suresh C. Pillai initialement au CREST (Centre for Research in Engineering Surface Technology) au Dublin Institute of Technology puis au Nanotechnology Research Group à l’IT Sligo, Dublin City University (DCU) et l’University of Surrey. Les chercheurs comprennent également les Dr Joanna Carroll et Nigel S. Leyland.

L’étude a été financée pendant les huit dernières années par John Browne, fondateur et PDG de Kastus Technologies Ltd, qui fournira le produit pour le marché mondial. Elle a également été soutenue par des investissements importants d’Enterprise Ireland.

Comme il n’y a rien qui va effectivement tuer complètement les superbactéries résistantes aux antibiotiques de la surface des objets, les scientifiques ont recherché un moyen de prévenir la propagation.

Cela a été sous la forme d’une construction ou d’une ‘cuisson’ des surfaces antimicrobiennes des produits au cours du processus de fabrication.

Cependant, jusqu’à présent, tous ces matériaux étaient toxiques ou avaient besoin de la lumière UV pour les faire fonctionner. Cela signifie qu’ils ne sont pas pratiques pour une utilisation intérieure et étaient limités pour une application commerciale.

« Le défi était la préparation d’une solution qui était activé par la lumière intérieure plutôt que par la lumière UV, et nous avons désormais réalisé cela », a dit le professeur Pillai.

La nouvelle solution à base d’eau peut être pulvérisée sur toute surface en verre, céramique ou métallique au cours du processus de fabrication, ce qui rend la surface résistante à 99,9% des supermicrobes (superbugs) comme le SARM, E. coli et d’autres champignons.

La solution est pulvérisée sur le produit – telle qu’une surface en verre d’un smartphone – et elle ensuite ‘cuite’ sur elle, formant une surface de super dure. Le revêtement est transparent, permanent et résistant aux rayures et forme une surface plus dure que le verre ou la céramique d’origine.

La première équipe a développé le matériau révolutionnaire pour travailler sur la céramique et a passé les cinq dernières années à l’adaptation de la formule – qui est non toxique et n’a pas de sous-produits dangereux – pour le faire fonctionner sur des surfaces en verre et en métal.

La recherche en cours du groupe concerne la façon d’adapter la solution pour une utilisation dans les plastiques et la peinture, permettant une utilisation encore plus large du matériau de protection.

Les professeurs Pillai, Kastus et l’équipe ont obtenu un brevet aux États-Unis et au Royaume-Uni sur le processus unique avec un certain nombre de demandes de brevets mondiaux en cours. Il est rare qu’une telle découverte scientifique universitaire ait une telle viabilité commerciale.

« Dès que j’en ai entendu parler, j’ai été convaincu. Cela a été un long chemin jusqu’à maintenant, mais il avait une telle histoire convaincante qu’il était difficile de ne pas s’y intéresser et je devais le voir jusqu’à la fin », a déclaré John Browne, PDG de Kastus.

Il a poursuivi : « Ceci est quelque chose qui va changer la donne. Le caractère unique du traitement antimicrobien de la surface signifie que les applications sont infinies dans le monde réel. Les multinationales, fabricants de verre, sont en négociations avec nous pour vendre le produit qui a fait l’objet de recherches pendant des années afin d’aboutir à une solution similaire, mais elles ont échoué. »

Le professeur Declan McCormack, directeur de la School of Chemical and Pharmaceutical Sciences de DIT a dit : « Ceci est un excellent exemple de l’excellence scientifique en cours de traduction dans des applications percutantes réelles. Le potentiel que cela représente en termes d’application, et en termes de traitement du problème très réel des infections, est important. Nous sommes ravis d’avoir collaboré avec l’IT Sligo, la DCU, l’University of Surrey au Royaume-Uni et avec Kastus sur cette recherche très fructueuse et nous espérons que la collaboration se poursuivra pendant de nombreuses années dans le futur. »

Le professeur Vincent Cunnane, président de l’IT Sligo a dit : « Cette recherche historique est parfaitement en phase avec l’ambition de l’IT Sligo de continuer à développer notre profil de recherche. Nous voulons que la recherche de l’Institut ait un impact significatif sur le développement de la région et de la société dans son ensemble. Cette découverte par Suresh et son équipe est un excellent exemple de cette ambition. »

© Traduction par mes soins. -aa

NB : Ça a l’air pas mal du tout !

L’article scientifique paru dans Scientific Reports est disponible intégralement et gratuitement.

Les téléphone portables vecteurs d’entérobactéries résistantes dans des unités de soins intensifs, selon une étude

9
avr
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Hygiène, Lavage des mains, Santé, Sécurité des aliments.

«  Des téléphones cellulaires de nombreux travailleurs dans des unités de soins intensifs hébergent des Enterobacteriaceae résistants, selon une étude », source CIDRAP News.

Les téléphones cellulaires de la moitié des personnels de santé traitant des enfants très malades ont été contaminés par des Enterobacteriaceae, dont la moitié des isolats montrent une résistance à plusieurs antibiotiques, selon une étude parue dans l’American Journal of Infection Control.

cell-phone-bacteria-1Des chercheurs ont écouvillonnés des téléphones cellulaires de 114 membres du personnel de la santé qui ont travaillé dans trois unités de soins pédiatriques et deux unités de soins intensifs en néonatologie dans trois hôpitaux péruviens. Ils ont réalisé des écouvillons toutes les deux semaines avec une moyenne de quatre prélèvements par téléphone au cours des 5 mois de l’étude.

Les trois quarts des personnels de santé ont dit qu’ils ne décontaminaient leurs téléphones, et 47% ont déclaré utiliser leur téléphone dans l’unité de soins intensifs plus de cinq fois tout en travaillant.

L’équipe a constaté que la moitié des téléphones ont été colonisés par des Enterobacteriaceae au moins une fois au cours de la période de l’étude. La moitié des isolats étaient multirésistants, et 33% étaient producteurs de bêtalactamases à spectre étendu. Les résultats ont été « apparemment distribués au hasard dans les hôpitaux sans regroupement clair ou fortement associés avec des facteurs de risque d’avoir un prélèvement positif », écrivent les auteurs.

NB : D’autres études études comme celle-ci avaient déjà rapporté le problème :

Ce travail montre que les téléphones portables pourraient jouer un rôle dans la transmission des infections nosocomiales et communautaires. Dans le cadre de prévention de ces risques, il faut sensibiliser les utilisateurs des téléphones mobiles l’importance du lavage des mains et l’utilisation des solutions hydro alcoolique pour désinfecter aussi bien les téléphones portables que les mains.

La question que je me pose quand j’observe des personnes dans la vie quotidienne travailler tout en ayant leur téléphone portable est comment font-elles pour faire correctement deux choses en même temps. Ayant à fréquenter régulièrement en ce moment une maison de santé, je constate les ‘ravages’ des téléphones portables sur l’activité au quotidien, mais ceci est encore un autre sujet …

On lira aussi sur le blog, Les mains, le portable et la contamination.

A quand dans une usine alimentaire, une contamination d’un aliment par un pathogène via un téléphone portable ?

A propos de la formation de biofilm par des STEC non-O157

30
mar
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Environnement, Hygiène, Réglementation, Santé, Sécurité des aliments.

Résumé.

Industry-and-governments-blast-US-plans-to-ban-non-0157-E.coli_medium_vgaLes objectifs de cette étude étaient de caractériser le phénotype et le génotype de 36 souches de Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC) non-O157 isolées de l’homme, d’ovins ou de bovins, dont les 6 sérotypes les plus connus (O26, O45, O103, O111, O121 et O145) et trois autres sérotypes impliqués dans des maladies graves (O91, O113 et O128). Les biofilms ont été formés par toutes les souches allant de biofilms intermédiaires à des biofilms forts (n = 24) plus facilement à 22°C qu’à 37°C (p < 0,001) et à 48 et 72 heures (p < 0,001) plutôt qu’au bout de 24 heures de temps d’incubation. Le potentiel de formation du biofilm différait par le sérotype et l’origine avec O113 et des souches humaines présentant le potentiel le plus élevé (p < 0,001). Les gènes associés à la formation du biofilm, csgA/csgD/crl/fimH (100%), flu (94%), rpoS (92%), ehaAα (89%), et cah (72%), ont été les plus répandus, tandis que mlrA (22 %) et ehaAβ (14%) étaient moins fréquents, mais il n’y avait pas de relation claire des gènes associés à des souches présentant la plus grande capacité de formation du biofilm. Parmi les 12 gènes de virulence ciblés, iha et ehxA étaient présents chez 92% des souches. La présence de stx1 dans les 6 sérotypes les plus connus (8/12, 67%) ne différait pas (p = 0,8) d’autres sérotypes (17/24, 71%), mais stx2 était moins probable (intervalle de confiance [IC] = 0,14 -1,12; p = 0,04) dans les premiers (9/24, 38%) que dans les derniers (9/12, 75%). En dehors des sérotypes, O91 et O121, au moins une souche par sérotype était résistante entre trois et six antibiotiques. Streptomycine (31%), sulfisoxazole (31%) et aux tétracyclines (25%) la résistance était plus courante et était de 35-50% moins susceptibles (p < 0,05) chez les souches humaines que les souches animales. Toutes les souches STEC non-O157 ont pu former des biofilms sur une surface abiotique, avec une certaine résistance à plusieurs antimicrobiens. Le potentiel de réservoir de gènes de résistance aux antimicrobiens peut être un autre danger des biofilms dans les usines de transformation des aliments. En conséquence, les futures stratégies de lutte contre ces pathogènes peuvent comprendre des mesures pour prévenir les biofilms.

Référence. Wang Jiaying, Stanford Kim, McAllister Tim A., Johnson Roger P., Chen Jinding, Hou Hongman, Zhang Gongliang, and Niu Yan D. Biofilm Formation, Virulence Gene Profiles, and Antimicrobial Resistance of Nine Serogroups of Non-O157 Shiga Toxin-Producing Escherichia coli. Foodborne Pathogens and Disease. March 2016.