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De l’herbe peut transporter des prions infectieux

21
mai
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, Environnement, Santé, Sécurité des aliments.

De l’herbe peut transporter des prions infectieux, source Doug Powell du barfblog.

L’herbe peut se lier, absorber et transporter des prions infectieux, selon des chercheurs du Health Science Center de l’université du Texas à Houston (UTHealth). La recherche a été publiée en ligne dans le dernier numéro de Cell Reports.

fx1Les prions sont des agents infectieux composés de protéines responsables d’un groupe de maladies appelées encéphalopathies spongiformes transmissibles, qui comprend l’encéphalopathie spongiforme bovine (dite maladie de la vache folle) chez les bovins, la tremblante du mouton, la maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l’homme et la maladie débilitante chronique (MDC) chez les cerfs, les wapitis et les élans. Toutes sont des maladies du cerveau mortelles avec des périodes d’incubation qui durent des années.

La MDC, d’abord diagnostiqué chez le cerf mulet dans le Colorado à la fin des années 1960, est répandue dans le pays dans 22 États, selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), dont les comtés d’El Paso et d’Hudspeth au Texas. Dans le nord du Colorado et le sud-est du Wyoming, la maladie est endémique. L’équipe de Soto a cherché à savoir pourquoi.

« Il n’y a aucune preuve de transmission d’animaux sauvages et de plantes à l’homme », a déclaré l’auteur principal de Claudio Soto, professeur de neurologie à l’école médicale de l’UTHealth et directeur du George et Cynthia W. Mitchell Center de l’UTHealth pour la maladie d’Alzheimer et les autres maladies connexes. « Mais il y a une possibilité qui doit être explorée et les gens doivent être conscients de cela. Les prions ont une longue période d’incubation. »

L’équipe de Soto a analysé la rétention de la protéine prion infectieuse et l’infectivité sur des racines de blé en herbe et des feuilles incubées avec de la matière cérébrale contaminée par du prion et a découvert que des quantités même très diluées peuvent se lier aux racines et aux feuilles. Lorsque blé en herbe a été consommé par des hamsters, les animaux ont été infectés par la maladie. L’équipe a aussi appris que la protéine infectieuse du prion pouvaient être détectée chez des plantes exposées à l’urine et aux matières fécales d’hamsters et de cerfs infectés par des prions.

Les chercheurs ont constaté que les plantes peuvent absorber les prions provenant de sols contaminés et les transporter vers différentes parties de la plante, qui peut agir comme un support à l’infectivité. Ceci suggère que les plantes peuvent jouer un rôle important dans la contamination environnementale par des prions et la transmission horizontale de la maladie.

Pour minimiser le risque d’exposition à la MDC, le CDC recommande que les personnes évitent de consommer de la viande de cerf et de wapiti qui semblent malade ou qui ont des tests positifs pour la MDC. Les chasseurs qui dépècent un cerf dans une zone affectée doivent porter des gants et minimiser la manipulation des tissus du cerveau et de la moelle épinière.

« Cette recherche a été effectuée dans des conditions expérimentales au laboratoire », a dit Soto. Dans la prochaine étape, « nous allons passer à la recherche sur la contamination de l’environnement d’aujourd’hui. »

La résistance aux antibiotiques dans la chaîne alimentaire, il est plus que temps d’agir

20
mai
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Classé dans Curiosité, Environnement, Microbiologie, Santé, Sécurité des aliments.

« La résistance aux antibiotiques dans la chaîne alimentaire, il est plus que temps d’agir », source article de Richard Lawley du 19 mai 2015 paru Food Safety Watch.

Richard Lawley tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme, voir l’article de l’an dernier, Résistance aux antibiotiques, assez de paroles, des actes !, en prenant comme exemple la nouvelle étude autrichienne qui vient de paraître, voir Les phages et la propagation de la résistance aux antibiotiques.

Antibiotic-pill-300x200La question de la résistance antimicrobienne chez les bactéries pathogènes est enfin prise au sérieux à un niveau élevé, avec des appels à plus de financement pour le développement de nouveaux médicaments et des mesures pour prévenir la surutilisation des antibiotiques cliniquement importants. Ceci est un bon exemple de « mieux vaut tard que jamais », mais cela fait près de 45 ans que l’alarme a été sonnée pour la première fois, et l’être humain feint toujours d’ignorer une crise qui se développe jusqu’à ce qu’elle ne devienne vraiment sérieuse. Toute l’attention actuelle qui va se traduire par des financements nécessaires pour payer le progrès réel est ouvert à la discussion, mais au moins la science commence à répondre à certaines questions sur comment la résistance se propage et pourquoi elle est si difficile à aborder.

Un exemple important de cette meilleure compréhension est une étude récemment publiée par des chercheurs autrichiens, qui révèle que les phages présents dans la viande de volaille sont capables de transférer des gènes de résistance entre les bactéries. Les phages sont des virus qui infectent les cellules bactériennes et qui peuvent transférer du matériel génétique par un processus appelé transduction. L’équipe autrichienne de recherche a constaté que les phages sont capables de faire ce qui pourrait être retrouvé dans presque la moitié des prélèvements de viande de poulet qu’ils ont testés. D’autres résultats récents suggèrent que la transduction est un mécanisme beaucoup plus fréquent dans la diffusion de la résistance aux antimicrobiens qu’on ne le pensait et elle est désormais considérée comme un facteur important de l’évolution bactérienne. Le fait que les phages soient capables de transférer la résistance, pas seulement entre des cellules de la même espèce, mais entre les différentes espèces, est fréquent chez le poulet vendu au détail, ce qui suggère qu’il pourrait être un facteur important dans la propagation de la résistance aux antibiotiques dans la chaîne alimentaire.

En outre, les phages sont relativement résistants aux produits chimiques de désinfection et ils pourraient donc être assez persistants dans les milieux de transformation alimentaire. Les auteurs autrichiens de la nouvelle étude suggèrent que le transfert par phages pourrait être l’une des principales raisons pour lesquelles les initiatives visant à lutter contre la résistance aux antibiotiques ont obtenus jusqu’ici peu de succès.

Cela illustre très clairement la valeur de la recherche scientifique dans les mécanismes de la résistance aux antimicrobiens et de sa propagation. C’est bien de « connaître son ennemi », parce qu’il est très difficile de concevoir des stratégies efficaces de lutte contre quelque chose qui n’est pas bien compris. Des interventions qui sont fondées sur les connaissances existantes peuvent se révéler de peu de valeur ou voir même peuvent aggraver les choses. Il devient clair que la chaîne alimentaire joue un rôle dans le développement de la résistance aux antibiotiques cliniquement importants. Maintenant que nous commençons à en savoir plus sur comment la résistance peut se propager entre les espèces bactériennes dans les aliments, la surutilisation historique des antibiotiques dans la production de viande doit être regardée comme une erreur potentiellement catastrophique. Tout doit être abordé sur au moins deux fronts. Tout d’abord, des mesures assez draconiennes sont nécessaires pour passer outre les avantages acquis et réduire l’utilisation des antibiotiques dans l’agriculture de manière drastique. Deuxièmement, il nous faut comprendre la propagation de la résistance, si bien que nous devons concevoir des méthodes pour arrêter la propagation et pour commencer à débarrasser la chaîne alimentaire des pathogènes résistants aux antibiotiques, s’il n’est pas déjà trop tard.

Faut-il interdire l’acide désoxyribonucléique et le monoxyde de dihydrogène ?

11
mai
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Classé dans Curiosité, Santé, Sécurité des aliments.

« Faut-il interdire l’acide désoxyribonucléique et le monoxyde de dihydrogène ? ». Il s’agit d’un article de Dan Flynn paru le 10 mai 2015 dans Food Safety News. Humour ou pilule amère à digérer, à vous de voir …

L’ancien sous secrétaire d’Etat à la sécurité des aliments pour l’USDA, le Dr Richard Raymond, a l’œil pour voir certaines choses. Il vient de faire remarquer quelque chose que nous avons raté, ou bien il a remis les choses en place ou les deux. Il a récemment fait remarquer la dernière livraison de la Food Demand Survey (enquête sur la consommation alimentaire) menée par un économiste en agriculture et en alimentation, Jayson Lusk de l’Oklahoma State University (OSU).

Comme question anodine lors de l’enquête auprès des consommateurs sur la façon dont les personnes sont prêtes à payer pour différentes coupes de viande de bœuf et de porc, le Dr Lusk a demandé combien de personnes étaient d’accord avec « un étiquetage obligatoire des aliments, contient de l’ADN. » Plus de 80% l’ont fait.

Man-with-no-thanks-signEt pourquoi pas ? L’ADN, ou acide désoxyribonucléique, est une chose assez effrayante. L’OSU est même venue avec un étiquetage pour satisfaire ces exigences. L’étiquetage de recommandation pourrait être quelque chose comme ceci :

« Attention : ce produit contient de l’ADN. Les mères peuvent transmettre l’ADN à leurs enfants, ce qui affecte leur sexe, la couleur des cheveux et des taux élevés de cholestérol. »

Quelques autocollants simples pour voiture « Interdire l’ADN » seraient également une bonne chose.

Cela me rappelle un des canulars classiques de tous les temps quand les étudiants de l’Université de Californie à Santa Cruz ont signé en masse pour une campagne d’« interdiction du monoxyde de dihydrogène ». Ce canular très drôle, ne signifie pas cependant, que l’ignorance scientifique ne soit pas en mesure de l’emporter, du moins la plupart du temps.

Une liste de « No No » (Non Non) chez Panera Bread (une chaîne de boulangeries et de cafés au Etats-Unis) a été annoncée la semaine dernière et cela peut être aussi un bon exemple. Tout ce qui a à voir avec un nom scientifique le fait mettre sur la liste des « Non ». L’objectif de Panera est assez transparent, se débarrasser des ingrédients avec des noms « chimiques » et trouver des remplaçants qui sonnent « frais ». Qui peut les critiquer ?

L’année dernière, l’azodicarbonamide (E927, non autorisé dans l’UE), un agent de blanchiment, longtemps considéré comme sûr dans la cuisson par la FDA, a été abandonné des produits de Subway après une de ces campagnes sur Internet a dit que le produit chimique était également utilisé dans (oh, mon Dieu !) dans des tapis de yoga. Tous les internautes savaient-ils que le monoxyde de dihydrogène était utilisé pour faire du pain et des tapis de yoga, et qui sait ce qu’il se serait passé ? Mais Subway s’est soumis et la plupart des autres sur le marché du soi-disant « frais » sont allés voir leurs arômes, leurs colorants artificiels, leurs conservateurs et d’autres choses similaires pour déterminer ce qui doit être enlevé ou remplacé.

Panera a rendu public leur liste, mais il y a fort à parier que tous les autres sur le marché du « frais » vont la même chose. La science a peu, sinon rien, à voir avec cela.

Mais je me demande s’il n’y aura pas des conséquences imprévues sur la route. « Fresh » ou « Frais » est un bon mot pour le marketing, mais « cru » est la traduction appropriée à des fins de sécurité des aliments. Les graines germées crues, par exemple, ont ainsi causé pas mal de maladies et de décès.

Puis, par hasard, j’ai entendu une discussion sur un média économique avec les données du marché et sur le bas de l’écran, une information circulait à propos de la liste « No, No » de Panera. Je fus surpris d’entendre ces experts en restaurants parlant de l’altération des produits. Ils ont dit que chaque chaîne de restaurants a des coûts liés à l’altération des produits, et ils ont spéculé sur le fait que Panera allait accepter plus de produits altérés en jetant par-dessus bord les conservateurs. Ils ont dit que la question pour les futurs investisseurs est de savoir si l’augmentation des ventes sera suffisante pour compenser plus d’altération des produits.

C’était une discussion intéressante pour une telle action sur le front du « frais ». Je suppose qu’avec « des coûts d’altération des produits qui ont augmenté », pour les investisseurs de ces chaînes de restaurants, cela signifie que les aliments seront pas bons avant d’être vendus. S’il ne deviennent pas bons après avoir été vendus, quelle différence cela fait-il dans leur résultat financier ?

En tant que consommateur, je suis un exemple d’une demande complètement différente. Je veux acheter des choses et ne pas me sentir mal pendant un long moment après. Je déteste quand j’achète par erreur une miche de pain « bio » qui va devenir très rapidement remplie de moisissures. Et je suis plus qu’un peu préoccupé par l’absence d’arômes et de colorants. Il y a certaines choses qui doivent avoir la bonne couleur sinon je n’achète pas. Et, quand au goût, les entreprises alimentaires en savent-elles assez pour ne pas gâter le goût avec des arômes ?

Vous savez, les personnes des cuisines de laboratoire ont vraiment du pain sur la planche.

Le fait que la science ne gagne pas ne signifie pas que les restaurants et les distributeurs ne devraient pas être libres de faire ce qu’ils pensent qu’ils doivent faire pour créer des marchés pour leurs produits. Cela n’a pas été équitable pour l’aspartame, qui a obtenu une reconnaissance par l’EFSA en Europe, juste avant se faire lâcher par Pepsi. (On pourra lire sur ce sujet, Aspartame : Système U est-il une nouvelle agence de sécurité sanitaire des aliments ? de décembre 2013, -aa).

Mais Pepsi a pris cette décision de changement en se basant sur ce qui est dans la tête de leurs consommateurs, et non pas sur ce qu’est l’aspartame. Le changement était risqué. Pepsi a pris des risques car il doit avoir des consommateurs fidèles et heureux tout en changeant. Cela ne fonctionne pas toujours, regardez ce qui est arrivé avec le New Coke.

Il est dommage que des tendances de consommation comme celles-ci ne s’en prennent pas aux pathogènes dans les aliments. Les pathogènes présents avec des noms longs à consonance scientifique devraient être assez effrayants pour les internautes afin que l’industrie veuille rendre publics leurs plans pour nous protéger contre les maladies infectieuses d’origine alimentaire.

Voilà qui serait une nouvelle approche !

Commentaires. Article utile qui montre que le ‘naturel’, le ‘frais’, etc., mis souvent en avant par le marketing est une niaiserie scientifique …

Quant à l’aspartame, il n’a vraiment pas de chance, et le voici presque interdit, alors qu’il a été réévalué et réhabilité. Mais que dire du bisphénol A, mais bon, j’arrête là la promotion de ce produit, car je vis dans un pays qui l’a interdit, mais chut, il y en a encore, cherchez bien, pour  accrocs seulement …

On lira aussi Des histoires de cachoteries dans des aliments repérées par nos amis suisses … et Emballages alimentaires entre marketing et duperie.

Face au risque, la France a-t-elle peur ?

9
déc
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Classé dans Curiosité, Environnement, Santé, Sécurité des aliments.

ix51ef70f9Les Echos publie le 4 décembre 2014 une tribune de Serge Michels, président du groupe Protéines, « Innovation : une France paralysée par la peur ». L’aversion au risque qui s’est emparée de la France risque de devenir un obstacle au progrès scientifique.

Extraits.

La France est malade, malade de son aversion pour le risque. Les Français sont seulement 28 % à déclarer « je recherche l’aventure, j’aime prendre des risques et je désire mener une vie trépidante », contre 52 % pour les Danois ou encore 42 % pour les Anglais. Sur ce point la France est malheureusement la lanterne rouge de l’Europe, et les Français vivent sous l’emprise de la peur. Peur que la nourriture qu’ils mangent et que l’air qu’ils respirent ne les intoxique, que leur environnement ne les rende malades. Ils vivent de plus en plus longtemps, mais sont convaincus que leur mode de vie moderne les empoisonne. En écho à cette société de la peur, nos politiques deviennent les champions du monde des interdictions : interdiction du bisphénol-A, des OGM, de la pilule Diane 35, ou encore démontage des antennes relais sur les toitures et gel de la mise sur le marché des pesticides… Face au risque, nous choisissons toujours le camp de la peur, parfois à juste titre, mais souvent à contre-courant du reste du monde et de la rationalité scientifique. La France apparaît alors comme un pays bien singulier atteint de ce que nous appellerons « le syndrome Astérix » : ce pays qui a raison seul contre tous ! Si la prudence est une vertu, la peur conduit quant à elle régulièrement à des décisions contre productives. Prenons l’exemple des antennes relais pour nos téléphones mobiles. En réduisant leur nombre sous la pression des riverains, les juges nous condamnent à être exposés à des doses plus élevées d’ondes électromagnétiques. Car plus l’antenne relai est éloignée, plus notre téléphone mobile, si proche de notre oreille, doit émettre fortement. Dans un autre domaine, personne n’imaginerait préférable de garder les automobiles anciennes plutôt que de mettre sur le marché des voitures plus modernes et moins polluantes. C’est pourtant le choix de nos politiques en matière de pesticides, ils préfèrent le statu quo en matière de mise sur le marché, à l’autorisation de nouveaux produits souvent moins polluants.

On pourra aussi lire sur ce blog,

Saga du BPA : L’interdiction du bisphénol A au 1er janvier 2015 est-elle illégale ? La précaution contre la démocratie ?

6
déc
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Classé dans Contamination, Curiosité, Environnement, Règlementation, Santé, Sécurité des aliments, Union Européenne.

Un article de Luc-Marie Augagneur dans le journal Les Echos.fr du 5 décembre 2014 a retenu mon attention, « L’interdiction probablement illégale du bisphénol A au 1er janvier 2015 : la précaution contre la démocratie ».

Extraits.

Par l’initiative de l’extension de l’interdiction du bisphénol A pour tous les contenants alimentaires avant l’issue de l’analyse européenne, la France prend le risque de perturber le processus de décision sanitaire européen.

L’usage inapproprié du principe de précaution peut s’avérer néfaste pour le débat démocratique, voire pour la sécurité qu’elle défend légitimement. Lorsqu’elle est systématique, immédiate, disproportionnée, son invocation anesthésie toute pensée critique et raisonnée. Elle est susceptible de balayer tout le corpus des règles existantes au nom du risque transmuté en peur.

vraiment_sans_bpaDans « Elements of Law », Hobbes érige cependant la peur en force instituante. De l’idée qu’une peur réciproque (« mutual fear ») anime l’état de nature, naît la nécessité du pacte mutuel qui transforme la multitude engourdie dans la défiance générale en corps politique. La peur est le pouvoir fondateur par excellence, au point qu’il faille estimer, comme le relève Hobbes dans le Livre de Job, qu’« il n’y a pas sur terre de pouvoir comparable à lui ». De la peur féconde à la peur morbide et paralysante, il y a la place à mille nuances.

La question du bisphénol A (BPA) en fournit un formidable (au sens étymologique) champ de réflexion. Le BPA est une substance qui entre notamment dans la composition du polycarbonate utilisé pour fabriquer des récipients alimentaires tels que des bouteilles recyclables, des biberons, de la vaisselle ainsi que des conteneurs destinés au stockage. Il peut migrer en petites quantités dans les aliments et les boissons stockés dans des matériaux qui en contiennent.

Or, il a été identifié comme un perturbateur endocrinien dont les études ont révélé qu’il a des effets défavorables sur les reins, le foie et la glande mammaire. D’ores et déjà interdit pour les contenants à usage des jeunes enfants, les avis scientifiques divergent sur l’évaluation générale des risques pour la santé humaine qui s’avère complexe. Le débat scientifique se double ainsi d’un débat de méthodologie éthique et juridique : qu’implique le passage d’une évaluation du risque à une évaluation de l’incertitude ?

C’est dans ce contexte que la France a adopté la loi du 24 décembre 2012 visant à suspendre la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A et qui entrera en vigueur le 1er janvier 2015. Sa mise en œuvre littérale conduit à empêcher l’approvisionnement dans des pays qui n’ont pas pris de mesures similaires.

Pourtant, la règlementation en matière d’alimentation et de sécurité des produits relève de la compétence européenne dont la réglementation a connu une forte évolution ces dernières années. Alors que l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) s’attache à une revue exhaustive des études scientifiques et qu’elle a lancé une vaste consultation publique préalable avant de rendre son avis sur la dangerosité de la substance, la France en devance l’issue.

Pour cette raison, on peut sérieusement douter de la conformité de la mesure française au droit européen. Cette confrontation entre le droit national et européen peut tantôt s’analyser comme un facteur de vitalité, tantôt marquer un signe d’échec du processus de la démocratie scientifique.

N’hésitez pas à lire la suite …

NB : Personnellement, je n’aurais pas écris « la précaution contre la démocratie » mais peut être la précaution contre la science, vaste débat … Le titre de l’article sur ce blog et l’illustration sont de mon fait.

Mise à jour du 11 décembre 2014. On lira aussi Bisphénol A : l’interdiction française est-elle pionnière ou prématurée ? dans Actu-Environnement.