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Graines germées contaminées par E. coli O104:H4 en France, retour sur une épidémie

31
mai
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Hygiène, Microbiologie, Santé, Sécurité des aliments, TIAC, Union Européenne.

L’Anses et la DGAL du ministère de l’agriculture nous propose un Bulletin épidémiologique n°68, mai 2015, « spécial vigilance sur la chaîne alimentaire ».

Un article « Questions et leçons clefs tirées de l’épidémie française de 2011 liée aux graines germées contaminées par E. coli O104:H4 » a retenu mon attention.

En effet pour cet article, les résumés en français et en anglais sont très sensiblement distincts. Pourquoi, comment, à vous de voir … sans doute pour encourager la lecture de l’article en français dans son intégralité …

sproutRésumé en français.

En Allemagne, une épidémie de grande ampleur a été rapportée suite à la consommation de graines germées contaminées par E. coli O104:H4. Il s’agissait d’une souche pathogène émergente. Peu de temps après (en juin 2011), quinze cas de SHU ou de diarrhée sanglante ont été signalés en France. Les enquêtes épidémiologiques, microbiologiques et de traçabilité menées ont montré que des graines germées contaminées par la même souche de E. coli O104:H4 que celle isolée en Allemagne et de même provenance étaient à l’origine de la contamination. L’une des principales leçons à tirer de cette épidémie est que la souche épidémique E. coli O104:H4 impliquée était une souche entero-aggrégative. Il existe à ce jour très peu de données sur les souches de STEC dans les graines et les graines à germer, et les méthodes de détection disponibles doivent être optimisées. Enfin, cette épidémie a montré une mobilisation très rapide et coordonnée des institutions et des laboratoires, limitant ainsi la propagation de l’épidémie en France.

Résumé en anglais. (traduction par mes soins)

En mai et juin 2011, une épidémie de grande ampleur impliquant Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC) O104:H4 a eu lieu en Allemagne. Plus de 3 000 personnes ont été malades, dont 845 cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) et 54 décès. L’épidémie a été attribuée à la consommation de graines germées de fenugrec contaminées par des STEC. Peu de temps après, en juin 2011, 15 cas de SHU et de diarrhée sanglante ont été rapportés en France, causée par la contamination de graines germées par la même souche de E. coli servies lors d’un buffet dans un centre de loisirs. La souche identifiée de l’épidémie était les mêmes graines germées impliquées dans l’épidémie allemande. Les souches qui ont entraîné les deux épidémies étaient génétiquement liées. Elles appartenaient au sérotype O104:H4 et possédaient le gène stx2 (variant stx2a) qui code la toxine Stx2. Elles ne possédaient pas les gènes eae (codant l’intimine), elles hébergeaient le gène aggR codant un facteur de régulation de l’expression de fimbriae responsables d’une très forte adhérence à la muqueuse intestinale et qui lui confèrent la capacité à former des biofilms (comme E. coli entéro-aggrégatif (EAggEC)). Ces deux épidémies mettent en évidence un manque d’études sur les STEC associés aux végétaux en général et sur E. coli O104:H4 en particulier, comme ainsi que la nécessité d’améliorer les stratégies de maîtrise.

NB : L’article souligne dans le volet mesures préventives que « l’application de ces règles (BPH et plan HACCP) ne suffit pas toujours à prévenir la contamination de certaines graines par des bactéries pathogènes. »

En conclusion, l’article pointe que « différentes questions ont été soulevées. Les scientifiques notamment cherchent à présent à y répondre. »

  • Quelles données sont disponibles sur les STEC et les graines germées ?
  • E. coli O104:H4, une souche émergente ?
  • Des méthodes de détection des STEC dans les graines à optimiser ?
  • Quelles mesures de prophylaxie sont à disposition des professionnels ?
  • Quelles mesures de surveillance ont été mises en oeuvre ?
  • Utilité des travaux de recherche ?

Malheureusement, on ne saura pas où trouver des réponses à ces questions, en tout cas, pas dans les priorités de l’Anses pour 2015

La fabrication et la consommation de jus de pomme non pasteurisé par des enfants dans les écoles présentent-elles un risque ?

9
nov
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Environnement, Hygiène, Santé, Sécurité des aliments.

P1230496-150x150 P1230498-150x150Dans cet article, je ne procède à aucune évaluation de risques, c’est juste la curiosité d’un passant dans les rues de Paris interpellé par un affichage extérieur posé sur la porte d’une école primaire relatant la fabrication et la consommation de jus de pomme non pasteurisé par des enfants, voir photos ci-dessous.

Mais au fait qu’en est-il de ce sujet en matière d’hygiène et de sécurité des aliments, c’est le propos de cet article, sachant que très nombreuses informations proviennent du Canada.

Santé Canada explique bien ce qu’il y a lieu de faire avec « Les jus de fruits non pasteurisés … connaissez ce que vous buvez ».

Les jus de fruit sont de délicieux et sains produits que les Canadiennes et les Canadiens consomment et apprécient tout au long de l’année. La vaste majorité de ces breuvages vendus au Canada sont pasteurisés et peuvent être consommés sans crainte. Mais il est important que vous sachiez qu’un faible pourcentage de ces jus de pomme et de ces jus d’orange n’est pas pasteurisé. Bien que ces breuvages non pasteurisés soient normalement salubres, il n’en demeure pas moins qu’un risque de contamination, par la bactérie E. coli O157:H7 et la salmonelle, puisse exister et que certaines personnes peuvent devenir très malades. En vous informant sur les risques possibles et en sachant quels sont les groupes de personnes les plus susceptibles, vous serez en mesure de faire des choix judicieux. Après tout, il y va de votre santé!

Salubrité et propreté. La plupart des producteurs de jus non pasteurisés utilisent un procédé de fabrication salubre (fabrication sûre en France –aa) et hygiénique. Ils suivent un Code d’usages qui préconise un ensemble de bonnes pratiques de fabrication, pratiques qu’ils peuvent adopter afin d’éviter que leurs produits ne soient contaminés par des bactéries dangereuses. Lorsque le jus est pressé à la maison, les mêmes mesures de sécurité s’appliquent.

Les éléments clés du code d’usage :

  • N’utilisez pas les fruits tombés au sol
  • Lavez, brossez et rincez les fruits
  • Nettoyez et désinfectez l’équipement
  • Étiquetez les produits adéquatement
  • Réfrigérez les produits non pasteurisés

Personnellement, je trouve très sympathique l’idée de « faire réaliser » en partie la fabrication de jus de fruit, de jus de pomme en particulier, comme on pourra le découvrir dans cet article de 2014 à propos d’une école maternelle de l’académie de Versailles ; tout s’est très bien passé … et les enfants ont été ravis. Bien entendu, on trouve sur Internet plusieurs liens en ce sens …

Comme le conclut l’article, Nous avons dégusté notre jus de pomme et il était délicieux ! Je n’en doute pas un seul instant …

Cela étant, selon le lien de Santé Canada précité, on nous dit :

photo2Qui sont les personnes les plus susceptibles ?
La plupart des jus non pasteurisés sont salubres et la plupart d’entre nous pouvons les consommer sans crainte. Il existe toutefois un risque, particulièrement en ce qui a trait à certains groupes de personnes. Les plus susceptibles sont les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes dont le système immunitaire est affaibli.
Que dois-je faire en cas d’incertitude?
Nous conseillons aux personnes faisant partie des groupes plus susceptibles de ne boire que des jus pasteurisés ou de porter à ébullition les jus non pasteurisés avant de les consommer. Ces groupes comprennent les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Il y a même eu une évaluation qualitative des risques microbiologiques que comportent les jus non pasteurisés de pomme et d’autres fruits parue en août 2013 par des scientifiques canadiens, dans laquelle il est noté que « Les mécanismes de contamination par des microorganismes pathogènes les plus vraisemblables des jus et des fruits à partir desquels ils sont fabriqués sont soit le contact direct avec des fèces de l’homme ou d’animaux, soit de manière indirecte, au contact d’eau, d’un sol, d’équipement de transformation ou de travailleurs infectés. »

Vous me direz, ce sont des recommandations canadiennes un peu trop hygiénistes à notre goût bien Français, pourquoi pas ?

Oui mais voilà, en France, c’est pareil et, selon l’InVS, dans un document intitulé, La prévention du syndrome hémolytique et urémique chez l’enfant âgé de moins de 15 ans en France, janvier 2006, il est indiqué :

photo1Comment l’enfant se contamine-t-il ?

Les bactéries responsables du syndrome hémolytique et urémique sont présentes dans les intestins de nombreux animaux (vaches, veaux, chèvres, moutons, daims, etc.) et sont éliminées par les selles qui peuvent alors contaminer l’environnement (eau, fumier, sol) et les aliments. Elles supportent bien le froid (survie de plusieurs jours dans un réfrigérateur), mais sont détruites par la cuisson.

La contamination se produit :

  • par ingestion d’aliments contaminés consommés crus ou peu cuits : viande de bœuf (en particulier hachée), lait ou produits laitiers non pasteurisés, jus de pomme, légumes crus, ou eau de boisson contaminée ;
  • en portant ses mains souillées à la bouche, après avoir touché des animaux porteurs de la bactérie ou leur environnement contaminé ;
  • par contact avec une personne malade qui excrète la bactérie dans ses selles (« maladie des mains sales »).

Le sujet peut donc se présenter comme suit : « Si les pommes ont été ramassées par terre dans un pré où les vaches paissent habituellement, la catastrophe n’est peut-être pas loin. En revanche, si les pommes ont été cueillies (et pas ramassées) dans un verger, où est le problème ? »

Par conséquent, la question à se poser est : « où et comment les pommes ont-elles été récoltées ? » et donc, « ne faites pas de jus cru avec n’importe quels fruits, en cas de doute, chauffez ». On trouvera des conseils ici.

Mon propos n’est pas d’interdire quoi que ce soit, mais de m’interroger. Alors, si comme moi, en vous promenant, vous passez devant une école qui présente sur la porte d’entrée un affichage relatant les détails de la fabrication et de la consommation de jus de pomme non pasteurisé, vous vous demanderez peut-être, pourvu que tout ce soit bien passé !

Fatigue après une infection par E. coli producteurs de shigatoxines

29
oct
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Classé dans Contamination, Curiosité, E. coli, Santé, Sécurité des aliments, TIAC.

« Fatigue après une infection par E. coli producteurs de shigatoxines », source GastroHep.com du 29 octobre 2014.

Une équipe a évalué dans la revue Clinical Gastroenterology & Hepatology les aspects psychologiques, la fatigue et la qualité de vie après une infection par Escherichia coli producteurs de shigatoxines.

De mai à juillet 2011 dans le nord de l’Allemagne, il y a eu une grande épidémie de syndrome hémolytique et urémique et de diarrhée sanglante qui a été liée à des infections à Escherichia coli O104 producteurs de shigatoxines.

Le Dr Bernd Löwe et ses collègues d’Allemagne ont étudié la dépression, les symptômes post-traumatiques, la fatigue et la qualité de vie liés à la santé chez des patients dans les 6 premiers mois après l’infection à Escherichia coli O104 producteurs de shigatoxines et les facteurs associés à un mauvais résultat.

Dans une étude de cohorte, les chercheurs ont effectué des évaluations de base auprès de 389 patients 3 mois après l’infection à Escherichia coli O104 producteurs de shigatoxines et des évaluations de suivi de 308 des patients, 6 mois après.

Les données ont été recueillies dans 13 hôpitaux du nord de l’Allemagne.

Les patients ont rempli des échelles d’auto-évaluation validées et une entrevue diagnostique.

Au départ, le syndrome hémolytique et urémique a été diagnostiqué chez 31% des patients.

L’équipe de recherche a constaté que 6 mois après l’infection, la gravité moyenne auto-déclarée de dépression et de symptômes post-traumatiques et la fatigue était significativement plus élevée que dans la population générale.

L’équipe a constaté que le score moyen de la composante mentale de la qualité de la vie liée à la santé était beaucoup plus faible que la moyenne.

Le syndrome de stress post-traumatique a récemment été développé chez 3% des patients, et 43% des patients avaient une fatigue cliniquement significative.

Les chercheurs ont constaté que les facteurs de base les plus importants associés à une mauvaise santé psychologique 6 mois après l’infection à Escherichia coli O104 producteurs de shigatoxines étaient des événements traumatiques antérieurs, la névrose et un faible soutien social.

L’équipe du Dr Lowe fait le commentaire suivant : « Six mois après la grande épidémie d’infections à Escherichia coli O104 producteurs de shigatoxines dans le nord de l’Allemagne, un nombre important de patients ont une mauvaise santé psychologique, une fatigue persistante et une altération de la qualité de vie. »

« Pour de futures foyers de cas d’infection, les facteurs de risques prémorbides chez les patients doivent être pris en compte, ce qui pourrait réduire les effets à long terme des infections sur la santé mentale. »

« Il suffit de le faire cuire » est important, une version tragique italienne

21
sept
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Environnement, Règlementation, Sécurité des aliments, Viande.

schema_contamination_E-coli« Il suffit de le faire cuire » est important, une version  tragique italienne, source Doug Powell du barfblog du 19 septembre 2014.

Après qu’un enfant de 18 mois est décédé d’un syndrome hémolytique et urémique (SHU) en Italie, suite à une intoxication alimentaire, un médecin italien a critiqué les habitudes alimentaires de sa famille.

« Vous ne comprenez pas », a  écrit la famille en réponse au médecin, comme si une telle constatation pouvait avoir une pertinence dans la recherche des responsabilité par ceux qui, par profession et par vocation, devraient donner les soins nécessaires au petit David. Évidemment, le Dr Colasanto n’est pas bien clair sur ce que sont les fonctions institutionnelles.

Cette responsabilité sera examinée et vérifiée par les procureurs de Bari qui ont reçu une plainte des parents et ont déjà entendu quatre personnes comme suspects, dont deux médecins de l’hôpital de Jean XXIII de Bari, où le bébé est décédé, un médecin et une infirmière de l’hôpital de Murgia’

Syndrome hémolytique et urémique post-diarrhéique en 2013 en France

3
août
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Classé dans Contamination, Contamination croisée, Curiosité, E. coli, Microbiologie, Règlementation, Sécurité des aliments, TIAC.

Le bulletin de veille sur la « Surveillance sanitaire en région Bourgogne et Franche-Comté. Point au 24 juillet 2014 » traite du syndrome hémolytique et urémique post-diarrhéique en 2013. Les données proposées ci-après ont été complétées avec celles de l’InVS sur la « Surveillance du syndrome hémolytique et urémique post-diarrhéique chez les enfants de moins de 15 ans en France en 2013 ».

Ecoliarrows_320x175Les Escherichia coli entérohémorragiques (EHEC), également dénommés E. coli producteurs de Shigatoxines (STEC), sont responsables de manifestations cliniques variées : diarrhée simple ou sanglante, colite hémorragique, pouvant se compliquer d’un SHU. La surveillance des SHU, mise en place en 1996, repose sur un réseau stable de services de néphrologie pédiatrique de 31 hôpitaux répartis sur tout le territoire métropolitain. En complément de ce réseau, d’autres services notifient ponctuellement les cas de SHU hospitalisés dans leurs services.

Incidence et caractéristiques individuelles des cas de SHU

Depuis le début de la surveillance, on observe :

– une incidence annuelle moyenne plus élevée dans les régions de Franche-Comté (1,7/105), Bretagne (1,4/105) et Basse-Normandie (1,3/105). Au niveau départemental, la Manche (2,1/105), le Finistère (2,4/105) et le Doubs (2,1/105) sont les plus touchés ;
Depuis le début de la surveillance en 1996, on observe une recrudescence estivale du nombre de cas : 43% des cas sont survenus entre juillet et septembre. La distribution mensuelle du nombre de SHU de 2007 à 2013 est présentée dans la figure 2. En 2013, le pic saisonnier a été important et tardif avec 61 (40%) notifications reçu en septembre et octobre

– une incidence plus élevée chez les moins de 3 ans.

En 2013, 93% (141/152) des enfants ont présenté une diarrhée, sanglante pour 49% (45/93) des cas pour lesquels l’information était disponible. Aucun décès n’a été notifié chez les enfants atteints du SHU en 2013.
En 2013, 59% des enfants étaient âgés de 3 ans et moins (médiane : 27 mois ; extrêmes : 3 semaines – 14 ans). Depuis le début de la surveillance en 1996, l’incidence annuelle moyenne la plus élevée est observée chez les enfants de moins de 3 ans : 2,6/100 000.

Caractéristiques microbiologiques des cas de SHU

Selon les résultats de bactériologie (1996-2013), les principaux sérogroupes EHEC « non-O157 » responsables de SHU chez l’enfant depuis 1996 ont été O26, O121, O111, O80. Depuis le début des années 2000, on observe une part croissante des cas de SHU identifiés en France attribuables aux sérogroupes non-O157 (1996-2004 : 28% ; 2005-2013 : 54%, p < 0,0001).

Signalements de cas groupés d’infection à EHEC

Une épidémie à EHEC O157 a été identifiée en Normandie en mai 2013. Huit cas dont 5 cas de SHU sont survenus en lien probable avec la consommation d’un fromage au lait cru.
En 2013, 7 foyers à EHEC ont été identifiés par le système de surveillance. Un foyer est défini comme l’identification d’une infection à EHEC par analyse de selles ou sérologie chez au moins une personne (avec ou sans symptômes cliniques) dans l’entourage d’un cas de SHU.
Ces foyers étaient tous familiaux et comprenaient au total 9 cas de SHU :
  •  5 foyers avec un enfant atteint de SHU et une deuxième personne du foyer infectée (1 foyer de EHEC O157, 2 foyers de EHEC O26, 1 foyer de EHEC O121, 1 foyer de EHEC sans identification du sérogroupe) ;
  • 2 foyers avec pour chacun 2 enfants d’une famille atteints de SHU (EHEC O121 et EHEC sans identification du sérogroupe)

Les investigations n’ont pas permis d’identifier une source de contamination commune aux personnes malades. L’hypothèse d’une transmission de personne à personne est plausible pour l’ensemble des foyers.