« McDonald’s et E. coli, 30 ans plus tard » par Bill Marler, article publié le 31 mars 2013 dans Food Safety News.
Il y a quelques semaines, je donnais une conférence à l’Association of Health Care Journalists à Boston. Mon propos était essentiellement un aperçu d’où en était la sécurité des aliments depuis l’épidémie à E. coli O157:H7 chez Jack in the Box en 1993. À un moment donné, j'ai présenté un article de 1993, que j'ai retrouvé, au début du procès de Jack in the Box.
L'article s’intitule « Hemorrhagic colitis associated with a rare Escherichia coli serotype. ». Il a été publié dans le New England Journal of Medicine, 1983 Mar 24; 308 (12): 681-5. Il s’agit d’un article sur deux foyers d'une maladie gastro-intestinale inhabituelle qui a touché au moins 47 personnes dans l'Oregon et au Michigan dans la première moitié de 1982. La maladie est caractérisée par de graves crampes abdominales, de la diarrhée aqueuse initialement suivie de diarrhée sanglante, et peu ou pas de fièvre. Elle a été associée à la consommation dans des restaurants appartenant à la même chaîne de fast-food dans l'Oregon et le Michigan. Cet article décrit une maladie gastro-intestinale cliniquement distincte associé à E. coli O157:H7, apparemment transmis par de la viande insuffisamment cuite.
J'ai fait valoir dans mon exposé que j'ai appris que « la même chaîne de fast-food » était en fait McDonald’s et que je n'étais pas au courant que l'éclosion ait été connue de tous en ce temps-là. Apparemment, faire une telle déclaration dans une salle pleine de journalistes a été une bonne chose à faire, car quelqu'un m’a rapidement « tweeté » l’article du 23 mars 1983 de Daniel Q. Haney de l'Associated Press, aujourd’hui à la retraite. Haney avait écrit, « Fast Food Illness Traced To Rare Bacteria » en mars 1983, et je ne l'avais pas trouvé dans mes recherches en 1993. Apparemment, il semble, que tout le monde l’ait aussi ignoré. Ou, pire encore, il a été tout simplement ignoré.
Lisant l'article 30 ans après, je me suis demandé combien de fois nous passons à côté de choses importantes :
Un mal mystérieux intestinal qui a d'abord frappé des consommateurs d’une chaîne de restauration rapide est une nouvelle maladie causée par une bactérie rare, et qui s'est propagée à travers les États-Unis, disent les chercheurs.
Un premier foyer important est apparu l'année dernière parmi les 47 personnes qui ont mangé dans des restaurants McDonald’s dans le Michigan et l'Oregon.
Un rapport sur l’enquête sur les cas de maladie, dirigé par le Dr W. Lee Riley, a été publié dans le New England Journal of Medicine de jeudi.
A partir de prélèvements de selles des patients, les médecins ont isolé une forme très rare de bactérie appelée E. coli O157:H7. Puis, ils ont retrouvé les mêmes bactéries dans un une galette d’hamburger surgelé entreposé dans une usine de transformation de viandes. La viande avait été conservée d’un lot qui avait été livré à des restaurants du Michigan.
Steve Leroy, un porte-parole de McDonald’s, s'est refusé à commenter le rapport du gouvernement fédéral.
« C’est difficile de prédire ce qui va se passer », dit Riley. « Si c'est comme n'importe quelle autre maladie d'origine alimentaire, si la source d'origine n'est pas immédiatement éliminé, alors il est possible que cela reste dans le cycle alimentaire pendant une longue période à venir. »
J'ai décidé de rejoindre les deux personnes, le Dr Riley et M. Haney. J'ai trouvé le Dr Riley à Berkeley et M. Haney sur Facebook, grâce à un journaliste que j'ai rencontré sur Twitter. Et le Dr Riley comme M. Haney, tous deux ont eu l’amabilité de répondre à quelques questions.
En 1983, le Dr Riley était épidémiologiste du CDC envoyé pour enquêter sur l'épidémie de E. coli dans l'Oregon. Il a été le principal auteur de l'article du NEJM.
A cette époque, M. Haney était journaliste généraliste à l'AP de Boston avec un intérêt particulier pour la science et la médecine, de sorte qu'il a couvert l’étude intéressante du NEJM.
Le Dr Riley se rappelle que « nous au CDC à l'époque étions très « excités » » à propos de E. coli parce que jusqu'à ce moment-là, nous savions que seules trois classes de E. coli causaient de la diarrhée et qu’aucune d'entre elles causait une diarrhée sanglante ou un SHU [syndrome hémolytique et urémique, une maladie rénale provoquée par une infection sévère à E. coli]. » Le Dr Riley a également dit qu'il croyait que « cette souche de E. coli avait toujours été présente, mais elle n'avait pas été reconnue jusqu'à ce que les Etats-Unis entrent dans l'ère de la production et de distribution de masse de viande hachée pour hamburger afin d’être servie dans la restauration rapide, beaucoup de galettes de hamburger doivent être pour être consommées pour produire une éclosion reconnaissable. »
M. Haney s’est rappelé qu'il a écrit deux versions de l'histoire, l'une pour une publication du matin et l’une pour le soir. Il s’est rappelé en pensant à cette époque-là que ce microbe a le potentiel de créer un dommage futur, et que la bactérie « pourrait s'installer dans la chaîne alimentaire du pays, si la source de l'organisme n'était pas été retrouvé au plus tôt ».
Dix ans plus tard, à Boston, M. Haney a regardé comment l’épidémie à E. coli de Jack in the Box a attiré l'attention au niveau national. M. Riley s’est rappelé que le problème de E. coli ne va pas disparaître de sitôt. Il a estimé que « cette souche de E. coli était désormais ancrée dans le réservoir des aliments d’origine animale et que la pratique d'élevage des animaux pour la production de viande a augmenté dans les exploitations intensives d'engraissement du bétail (concentrated animal feeding operations ou CAFOs) et que cela n’avait fait qu'exacerber le problème. »
Pour moi, je me demande encore si plus de choses n’auraient pas pu être faites pour prévenir l'explosion qu’a été l’épidémie de Jack in the Box. Si l’article du NEJM du Dr Riley avait été diffusé plus largement, sans doute plus de choses auraient été réalisées dans la décennie écoulée ? Que serait-il passé si d'autres journalistes avaient couvert E. coli plus en profondeur dans les années 1980 ?
De toute évidence, au moins en ce qui concerne le boeuf haché, l'industrie du bœuf, les restaurants et le gouvernement ont fait de grands progrès dans la prévention des maladies et des éclosions à E. coli. Comme je l'ai déjà dit, dans la décennie qui suivit Jack in the Box, 90 pour cent des revenus du cabinet d'avocats sont venus de cas de E. coli liés aux hamburgers. Ce pourcentage en maintenant proche de zéro.
Les moyens et les méthodes lors de l'abattage et l'augmentation de la température et de la durée de cuisson, et désormais E. coli O157:H7 est considéré comme un contaminant par le FSIS de l'USDA, tout cela a contribué.
Mais, E. coli a maintenant trouvé une place dans des aliments aussi variés que les épinards, la laitue, la pâte à biscuits, du jus de pomme et du fromage, et il est devenu un problème important dans des parcs aquatiques et les fermes pédagogiques pour enfants. Et, malheureusement, ces cas sont devenus une part de plus en plus grande de ce que je fais chaque jour.